‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 68 sur 129 · Préface au Jom/*><û/ inlime de U.-F. Amiel, p · texte numérisé non relu

Préface au Jom/*><û/ inlime de U.-F. Amiel, p

giran(les,coiipé parle rire deZiteIlaoud'Impcria,qiie l'un d'eux réplique : « Pour se renfermer dans Thorizon de la pairie, il faut èlre persuadé que la [jalrie dont on fait partie, est la meilleure de toutes. Or, les autres étant persuadés,deleurcôlê,de la même chose, il n'y a pas de chance pour que tous aient raison : Préjugé, vanité, voilà la base de la vie. La philosophie qui détruit les préjugés, détruit la base de la vie ». Ainsi le patriotisme ne serait qu'un préjugé. En tous cas, il est certain que ce sentiment va s'éteignant de plus en plus et les rhétoriques imprécations d'un Lnprade ou d'un Deroulède ne trompent personne. Cet afTaiblissement a pour caiise, me parail-il, runiformité que la civilisation répand sur tous les pays et l'extraordinaire facilité des voyages. Jadis, un Espagnol se trouvait fort dépaysé à Paris. 11 faut entendre la princesse des Ursins se lamenter des repas qu'on lui sert: « Bien opposés, dit-elle, aux repas qu'elle a coutume de faire », et Madame d'Aulnoy ne se plaint p:is moins des usages d'Espagne. De nos jours, la civilisation a uniformisé mœurs et costumes; le voyageur trouvera satisfaction, pour ses habitudes, à Paris comme à Berlin. Ses yeux ne seront pas fatigués par l'exotisme des habillements» ni son estomac par l'étrangelé des mets. C'est à peine s'il aura quelque regret de la patrie quittée. Autrefois aussi, le moindre voyage était une expédition. 11 fillait, à Madame de Sévigné, huit ou neuf jours pour aller de Paris à Vitré. On faisait, au plus, dix lieues par journée et cela avec sept chevaux de car-

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rosse, un cheval de bat et trois ou quatre écuyers. Maintenant, en trente-six heures, l'Europe est traversée sans fatigue, sans routes dangereuses. Peu à peu, les acagnardissements de toute une vie en un coin retiré se font rares ; l'existence cosmopolite devient de mode : l'été en Angleterre, Tautomne à Vienne, l'hiver en Italie, le printemps à Paris, et le patriotisme s'oublie, le milieu restant semblable et le déplacement n'étant plus une corvée. Lorsque les idiomes différents — qui seuls séparent encore les pays — se fondront en quelque Volapûck idéal, alors Scherer, M. Renan auront dit vrai : le patriotisme ne sera plus qu'un préjugé, car le patriotisme c'était surtout le repos des lieux connus où l'âme n'a ni les surprises ni les froissements de l'inconnu (I).

Entendre Scherer critiquer les protestants, et même assez méchamment, est plus significatif encore. Car vous savez, le vieux renard^ celui qui donna sa queue en gage au trébuchet, « ne laissait point voir sa honte, nous dit le bonhomme, il était habile». Or, M. Renan, ne remue point son passé sans uneindulgence infinie, parce qu'il est aussi, comme le renard de la Fontaine, plus habile que sincère. Il se souvient qu'il a vécu cette vie et qu'il se doit de la respecter. Pareil compromis n'entrait point dans l'âme de Scherer qui appelait Luther et Calvin des ^< virtuoses de l'insulte » ; qui parlait de « ces mille-

i. Voir quelques coQsidéralions semblables: M. Paul Bourgct, chcip. III, Le Cosmopolitisme.

naires enthousiastes^; et bornés qu'on rencontre partout dans le protestantisme », et qui déclarait que « le puritanisme n'est que le protestantisme à l'état aigu ». « Voyez, disait-il ces vêtemenls tristes, ces mines longues; écoutez ce patois biblique, ces chants nasillards, ces prières sans fin, ces discussions subtiles, ces malédictions sur le monde et ses amusements : vous Yous détournez avec un sourire de pitié et de dégoût ». Déjà en 18G2 ou 1863, c'est-àdire douze ans à peine après sa retraite du professorat théologique — Scherer écrivait avec un peu d'ostentation sans doute, mais avec Une franchise courageuse et, pour ce, admirable : « Décidément Vinet est d'un autre siècle, d'un autre pays, d'une autre race que

JWUS ».

• Ce scepticisme, tel que nous essayons de le définir, n'est point unique en notre littérature contemporaine. Outre M. Renan, M. Victor Cherbuliez ne !ui a, je crois, jamais mieux donné corps que dans .€e livre supérieur: la Bête. Le scepticisme de M. Renan s'adoucit en une incomparable poésie et, pourtant, il a compris la duperie de tout; mais, au fond de son âme, comme au fond de tout ce qu'il écrit, on voit toujours « celte fontaine des fées, dont il parle quelque part, celle fontaine claire, verte et profonde où se reflète l'infini » . C'est ce long rayon de poésie un peu triste et très douce — comme la mélancolie lies ciels bretons — qui enlève leur brutalité à ses

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