‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 7 sur 129 · I. V mmiuufc: littkiiaiui;, :*i · texte numérisé non relu

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de Pliilidor, de Monligny, de Piccini, de Grétry.

Mais une universelle curiosité scientifique tempéra ce que ce scepticisme, ce que cet esprit eût pu avoir d'un peu frivole et d'inutile. C'est l'époque où La- [)Iace publie sa Théorie des probahilités ; Buffon son Histoire naturelle; Montesquieu V Esprit des lois. On suit activement les découvertes de Réaumur, de Lavoisier, de Linné, de l'abbé Haùy; on écoute la géologie de Fontenelle, Téconomie politique de Galiani; on lit les relations de voyage de Regnard; on s'intéresse aux Chinois, aux Indiens; les grandes (lames étudient les institutions des peuples, les facultés de l'entendement humain. Dans leurs boudoirs aux peintures claires, sur leurs toilettes en bois doré, entre un pot de rouge et des pattes de lièvre, elles ont de gros in-quarto : c'est VEsprit philosophique de Raynal, les Stuarts de Hume; elles suivent des cours, étudient des mémoires, visitent des laboratoires, assistent à des expériences chez l'abbé Mical, chez Rouelle, chez Réveillon ; à dix-huit ans, la comtesse de Goigny dissèque et la comtesse de Voisenon médicamente ses amis.

Or, ce scepticisme, conséquence nécessaire du développement des sciences, deux écrivains surtout en font la philosophie même de leur critique : Diderot et Grimm. Préoccupés exclusivement comme ils le sont de questions philosophiques, économiques, scientifiques, ils conservent le ton de la conversation, les méthodes de l'ancienne critique mais ils deviennent historiens surtout, ils racontent plus qu'ils ne

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jugent, ils évitent les parti-pris, l'exclusivisme, tous sentiments qui répugnent à leur liberté de pensée. Avec un peu de colère sans doute, Diderot écrit : • je hais tous les oints du Seigneur à quelque titre que ce soit » et d'abord, avec ironie {Promenades du sceptique) puis avec cette sympathie débordante, communicative,qui le fit si merveilleusement entendre la pensée d'autrui, vivre les sensations d'autrui, pénétrer les âmes, pénétrer les cœurs, avec émotion, avec bonté — devenir enfin l'ami, le défenseur parfois prolixe mais toujours sincère des livres, des toiles qu'il étudie, il écrit: «S'il y a dans un ouvrage, dans un caractère, dans un tableau, dans une statue un bel endroit, c'est là que mes yeux s'arrêtent ; je ne vois que cela, je ne me souviens que de cela; le reste est oublié... » Et c'est en tel état d'esprit qu'il écrira, pour la Correspondance littéraire que Grimm envoie aux princes du Nord, ses inoubliables relations des Salons de peinture. Il n'inaugure point la critique artistique, car elle existait déjà, sèchement technique il est vrai, dans les compte-rendus de Le Brun, dans les dissertations du marquis de Gaylus, sans parler de Winkelmann,mais le premier, il parlera avec art des choses d'art; il aura des pages nuancées, éloquentes, avec des phrases de poésie sentimentale et bien douce, des descriptions éclatantes, évocatrices — surtout une devination prodigieuse des plus intimes, des plus vagues intentions du peintre. Relisez ce qu'il écrit &\ir la Jeune fille pleurant son oiseau mort, sur V Accordée de village, sur la Mère bien-

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aimée de Greuze ou sur les toiles que Vernet exposa au salon de 1767. Absence de parti-pris, nul dénigrement mais cette sympathie intelligente, chaleureuse qui faisait dire à un contemporain que Diderot n'avait «jamais rencontré ni un méchant homme, ni un mauvais livre». De son siècle, Diderot a ce large éclectisme, dégagé de préjugés, celte grâce précieuse, parfois jolie — et il y a loin de sa critique ordinairement éclectique et libre au doclrinarisme, à rétiquette d'un Boileau.

Moms séduisant mais plus important par l'influence qu'il exerça, Melchior Grimm, le natif de Ratisbonne, l'infatigable écrivain de la Correspondance Utlérairr, doit être reconnu ainsi que le veut Sainte-Beuve — « comme un des aînés et des collatéraux les plus remarquables des Lessing et des Herder(l) ». Allemand, il eut l'esprit de vouloir être français et il le devint assez pour savoir être sceptique. Or, spirituel et sceptique, il résume cette critique délicate, instruite de la fleur des choses, qui veut tout suggérer et craint de rien approfondir — cette critique qui ne se spécialise dans aucun domaine, dont la fantaisie suit tous les sentiers d'aventure et que pratiquèrent, que pratiquent plus ou moins supérieurement Feletz, Hoff"mann, Sainte- Beuve, Edmond About, MM. Francisque Sarcey, Jules Lemaitre.

Elle n'est plus guère lue que des spécialistes,

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