M. Taine, La \>hilo^opkie de l'Arl
2. M BotirîîiU (Elulii'i et Portruila, tome U, p. 3ii) attribue •celte couipûsitiou à 0 •C'i?na, ainsi que le dit Va-ari, alors que cette fini^siiile fresque sembl • devoir être restituée à l'i'cole Siennoisf^, pîul-êi.re aux Loreuzetli (Voir La Peinture en Italie-, par Georijcs Lafene tre, tome I, p. 113),
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cine, les faits constatés peuvent être interprétés de plusieurs manières. Or, pour établir les dépendances entre les formules permanentes dont j'ai parlé plus haut, il est obligatoire d'interpréter les données fournies par l'analyse et cette interprétation étant esthétique, c'est-à-dire subjective — le résultat définitif ne saurait pas ne pas l'être. Le chimiste trouvant au terme d'une analyse, une partie de soufre pour quatre parties d'oxygène, pour deux parties d'hydrogène, déclare trouver de l'acide sulfurique (S 0'' H") et il ne saurait différemment conclure. Par contre, un médecin de la valeur de Sir M. Mackenzie avance qu'un galvano-cautère appliqué sur une tumeur bénigne au larynx peut ou provoquer un cancer ou causer laguérisou. De môme, en littérature, M. Taine a vu dans l'excessive perfection des Idylles du Roi de Tennyson, la preuve du dilettantisme d'un poète archéologique, indifférent et M. Sarrazin l'admirable travail d'un poète tout-à-fait supérieur. — M. Taine encore a trouvé, dans la maladroite et souvent fautive versification d'Alfred de Musset, la preuve d'une âme géniale de passion, d'humanité, et la critique allemande, l'inhabileté d'un poète redondant, emphatique. On le remarque, M. Taine, comme M. Sarrazia, comme la critique allemande, conslalent la perfection de Tennyson ou l'imperfection d'Alfred de Musset; ils se différencient uniquement dans leurs appréciations. Et c'est ainsi que la noblesse de Racine a signifié, tour à tour, analyse profonde mais retenue des passions ou élégant et vain discours de grand *
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seigneur dix-septième siècle, que le ton brutalement franc des Confessions de Rousseau est devenu, pour les uns, le signe d'une âme sincère, pour les autres, d'une âme vile et sans pudeur — que le dessin naïf de Giotto, de l'école florentine de Bulïalmaco, de Bruno di Giovanni, de Taddeo Gaddi, etc., atteste des peintres uniquement préoccupés de la vie de l'àme ou des artistes malhabiles auxquels la représentation du corps vivant est devenue impossible parce que trop difficile.
Je ne multiplierai pas les exemples, considérant suffisamment prouvée en théorie et en pratique, l'impossibilité d'une critique objective de par la nature même de la matière étudiée (1).
La préoccupation des études scienliflques que nous avons signalée au dix-huitième siècle devient plus évidente encore au dix-neuvième et suscite sans doute les magnifiques et progressives découvertes de la science moderne.
En 1738, BernouUi pose les bases de la théorie kinélique des gaz; en 1772, Lavoisîer, les méthodes de la chimie moderne; en 1830, Augnsle Comte, énonce les premières pensées de la Philosophie Positive, c'est-à-dire de l'ensemble des connaissances
1. Voir quelques considéralions pareilles dans: Emile Henne- Qitin. chap. I, La Crilique scientifique.
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humaines débarrassées de tout élément étranger. Ers 1859, Darwin expose la théorie transformiste. Ea 1880, enfin, M Crookes entrevoit l'elat ultia-gazeux. Que ces dates, entre beaucoup d'antres, suffisent à indiquer Timportanceet la prépondérance des sciences en ce siècle. Or, avec ses exactitudes, ses sévérités, la science ne pouvait manquer d'efficacement influencer l'art moiJerne. Aussi retrouve-t-on les méthodes, les préoccupations, les habitudes de la science dans i'exactilude du roman réaliste, comme dans rintense analyse du roman psjchoIogiiiue,dans la précision archéologique aussi de la peinture, de la poésie' Leconte de Lisle, du ro;nnn historique et jusque dans la scrupuleuse vérité des décorations d'opéra. Mais la science renouvela surtout la critique littéraire, lui apprenant à ne plus suivre dans ses essais, les hasards de la fantaisie, mais bien les procédés d'une mélhode exacte ; à considérer enfin, les produits de Tintelligence tout à la fois comme des causes et des effets (des causes au point de vue sociologique; des effets au point de vue psychologique). Prévue et fragmentairement établie par Madame de Staël, par Villemain, par Sainte-Beuve, par Alfred Michiels et d'autres, celle critique devait être définitivement codifiée par M. Taine.
Déjà Madame de Staël, dans son ouvrage sur la Littérature considérée dans ses rapports avec Vétat moral et politique des nations, dans V Allemagne, ce livre d'un si étonnant intérêt historique, énonçait, prouvait et défendait cette thèse paradoxale pour
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l'époque que la linératiire est l'expression de la sociéli', qu'elle a sa pari de re-ponsabililés dans les fautes et les malheurs des peuples. Le toutévidem- Mient, plus SJiggéré qu'exactement précisé.
Puis Viîlcniaiu, dans ses solides éludes sur Pmdarc, sur les Pères de l'Éf/lise, sur la Tribune anglaise, allie la critique et l'histoire, l'étude des mœurs et ra|)précialion des idées, le caractère des homuies et le caractère de leurs œuvres, l'influence réciproque du siècle et de l'écrivain. Sainte-Beuve qui eut des lueurs de tout et qui suggéra à peu prés toutes les actuelles vérités, devine l'influence du milieu, de l'hahilat, n.èiiie l'hérédité, la sélection dans l'espèce humaine, mais avec des i-ontradiclions, des digressions, d'habiles et prudentes réticences. Enfin, bien que dans une langue malheureusement un peu excessive, un moins ccniiu, peut-être plus digne de l'être, Alln^d Michiels écrit sur les théories esthétiques de la France, sur riiistoire de la peinture flamande des pages qui, par la sûreté d'investigation, la puissance de synthèse et la nouveauté lumineuse des aperçns, rappellent et valent les travaux de M. Taine. Alfred JNIichiels explique aussi l'œuvre par l'homme, l'homme par le milieu, et un (]p^ premiers, il procède mélhorliquement, sûrement. Pourtant, il croit au Romantisme et tient à en prouver Texcellence en lieu et hors de lieu. De là, des longueurs de plaidoyer et des insuffisances d'avocat.
A signaler dans le même sens, les travaux oublia-
bles ici avec injustice, de Michelet, Victor Cousin, Augustin Thierry, Guizot, deBarante, de Bonald, etc.
Précisant, systématisant ces nouvelles mais timides et surtout incohérentes intuitions, M. Taine reconnut l'influence des sciences modernes et l'avoua disant : « La parenté qui lie l'art à la science est un honneur pour lui comme pour elle, et c'est une gloire pour l'art, que d'appuyer ses plus hautes constructions sur la vérité. » Puis se basant sur les sciences, il pensa une philosophie de l'art ou mieux une esthétique qu'il crut scientifique — c'est-à-dire moins un système qu'une méthode, selon ses propres paroles (1).
Jugeant que l'œuvre d'art n'est point indépendante de l'œuvre totale de l'artiste, il remarqua bientôt que l'artiste avec son œuvre totale, n'est pas indépendant de l'école ou de la famille d'artistes du même pays, de la même époque et que ce groupe d'artistes, lui-même, n'est pas indépendant du milieu, de la race, de la patrie. Assimilant alors l'œuvre d'art à la plante, il déduit des principales lois zoologiques ou botaniques de Cuvier, de Saint- Hilaire, de Darwin, une méthode qui tend à rendre l'histoire humaine analogue à l'histoire naturelle « puisque, dit-il, les deux matières sont semblables. » Dans l'une et l'autre, on opère sur des groupes naturels, sur des êtres vivants. « Dans l'une et l'autre, la forme originelle est héréditaire
- 1. Essais de Critique et d'Histoire, préface.