‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 75 sur 129 · L.V CKiriOLi: ANALYTIQUE. 26S · texte numérisé non relu

L.V CKiriOLi: ANALYTIQUE. 26S

et la forme acquise se transmet en partie et lentement, par l'hérédilé. Dans l'une et l'aulre, la molécule organisée ne se développe que sous l'influence du milieu. »

De là, dans la Philosophie de VArt, dans l'essai sur Vldéal, les très nombreuses comparaisons empruntées à la botanique comme : « L'œuvre d'art étant déterminée par l'état général des esprits et des mœurs environnantes chercbons, pour rendre sensible celte harmonie, dans quelles circonstances l'oranger pourrait se développer et se propager sur un terrain, etc. » Et, c'est ainsi que M. Taine établit ses ingénieuses théories des influences de milieu, de race, d'habitat — théories discutables peut-être, rénovatrices sans doute et destinées à remplir d'aperçus inédits, lumineux, ses magnifiques travaux sur Tite-Live, sur la Fontaine, sur la littérature anglaise, sur la peinture italienne, sur la statuaire grecque.

Une critique aflîrmant de telles origines, exigeant de telles connaissances n'était plus la conversation légère d'un homme d'esprit. D'une science, elle avait la sévérité de méthode, la difliculté d'exécution, l'excessive documentation. Elle s'affirma donc telle et prétendit à l'objectivisme, au résultat défiinitif de ses recherches. M. Taine écrit: «Ma critique n'impose pas des préceptes, elle constate des lois, elle a des sympathies pour toutes les formes de l'art et pour toutes les écoles, même celles qui semblent le plus opposées. » Mais sur la foi de ces

déclarations, lorsqu'on étudiait ces œuvres, on observait, (lés les premières pnges, que ce botaniste de l'esprit exprimait toujours, très clairement, son opinion sur les plant(;s qu'il décrivait et, par comparaison, sur celles même qu'il ne décrivait pas. A peu près, comme si M. Charles Gros eut dit sa sympathie pour l'un des trois pigments ou pour l'un des trois rayons. Parlant des Athéniens, il ti'ouve que nuls n'ont été si bien dotés par la nature, qu'ils ont été les plus grands artistes du monde, qu'ils avaient « une conception plus saine de la vie; une âme et une intelligence moins tourmentées, moins déformées (1) » et les pages se succèdent admiratives, louangeuses, avec le regret de celte vie libre, saine, joyeusenient impie; avec des paroles partiales, presque colère, sur nos vasselages politiijues ou religieux: « L'homme moderne n'est plus ce qu'il était et ce que peut-être, il aurait bien fait de rester toujours, un animal de haute espèce.» Ou bien relisant le De ofjiciis de Cicéron, il juge la morale chrétienne disant : « Si les âges postérieurs y out ajouté quelques développements, ils y ont introduit beaucoup d'erreurs et dans la worale comme dans fart, c'est toujours chez les ancieus qu'il nous faut chercher nos préceptes (2). » Ailleurs encore, il ne se fait pas faute de dénigrer les littératures classiques de Milton à Tennyson, d'exalter Shakespeare au détriment de Racine, de n'être pas enfin toujours et

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