M. PAUL BOURGET
KTUDE ANALYTIOUK
Parmi ceux qui ont eu la naïveté de ne pas considérer la liltéralure comme une spéculation, M. Paul Bourget est des rares, auxquels le public fasse volonliers fête. Et pourtant artiste, il l'est supérieurement, au point qu'il a osé, en ces temps de platitude, admirer les mystérieuses fleurs de songe du poète des Romances sans paroles. 11 suffit, d'ailleurs, de quelques vers de la Vie inquiète ou de cette suave berceuse d'amour :
Sileuce ineffable de l'heure
Oà le cœur aiuiaul sur le cœur..,
pour entendre que l'àme dont le clavier chante si tendrement est bien une de ces âmes qu'il a dites " rêveuses d'anges ». Est-ce à croire que son talent soit plus original, plus signifi.catif? Nullement, car, la génération, née d'hier, ne manque certes, ni d'élraugelé, ni de vaillance et je ne sache pas que
1. Cotte étmle a i-.ié couronnée par l'IJuiversilé de Genève, ti janvier 18X8 iCùucours Ueutscli), — Elle a paru dans la Revue générale de Paris du 15 août IHSi. ,.
M. Boiirget ait une finesse d'analyse comparable à celle d'Emile Hennequin, ni que sa poésie soit aussi musicale que celle de M. Verlaine. Or, Hennequin et M. Verlaine sont presque inconnus et si M. Bourget est célèbre, c'est qu'indépendamment du fait qu'il est romancier, il s'est trouvé répondre aux aspirations de l'âme contemporaine. Les questions de succès sont toujours des questions de moment. C'est parce qu'il est venu trop tôt que Stendhal a tant soufîert de l'indifférence générale, et c'est parce que Goethe a trouvé le milieu qui lui était nécessaire, que son génie s'est épanoui dans la lumière et dans l'harmonie nous donnant l'admirable spectacle d'une vie sereine et eurythmique.
Or, après le prodigieux succès de V Assommoir, de l'école de Médan, le public, écœuré des ivresses orgiasliques, poursuivi du spectacle de Nana agonisante dans la pourriture de sa chair, a merveilleusement compris M. Bourget, cet historien des âmes tendres. Il quittait la maison puante de Pot- Bouille et nous introduisait dans le petit salon bleu pâle où Madame de Velde endormait sa tristesse, « le feu brûle dans la cheminée, d'une flamme égale, et presque toujours elle est assise, à la même place, auprès de ce feu, sur une chaise longue garnie d'une soie ancienne d'un rose mort et glacé d'argent» (1). Ce ne sont plus des amours de zingueurs et de blan-