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Deuxième amour

M. l'ML BOUHGET. 277

chisseuses, mais des tendresses défaillantes de grandes dames, restant nobles, même dans la chute, qu'il nous conte dans une langue terne de couleur mais chantante et douce, comme une mélodie de Cimarosa.

De bruyants succès, M. Bourget en a obtenus comme romancier, mais c'est comme critique, qu'il ' a reçu ceux auxquels il devrait seuls tenir; il importe donc, avant de commencer l'élude de son âme, de définir exactement sa méthode. Comme et mieux encore qu'Emile Hennequin, M. Bourget est disciple de M. Taine, c'est dire qu'il écrit, à proprement parler, de la psychologie littéraire plus que de la critique. Mais on pense bien qu'un tel esprit ne s'est pas contenté d'accepter une méthode plus ou moins définitivement établie. Après se l'être assimilée, il l'a pour dire recréée selon sa nature. Poète, analyste surtout, il dit n'écrire « que la confidence d'un esprit qui raconte les réflexions suggérées en lui, par une lecture » . C'est avouer qu'il introduit, dans l'analyse littéraire, une note personnelle et impressive. A réfléchir, on trouvera que la critique ne saurait devenir impersonnelle mais il y a loin ; de la gravité apparente de M. Taine, au sentimentalisme maladif de M. Bourget. Une semblable critique ne saurait s'exercer avec profit, que sur ces livres de chevet qui sont toujours les secrets éveilleursde nos esprits. Car, pour mêler son âme à l'âme de ceux dont on parle et pour raconter son cœuren racontantcelui du poète étudié, il faut avoir pleuré, avoir aimé,

avoir vécu avec lui. « Il u'est aucun de nous, dit M. Bourget, qui, descendu au fond de sa conscience, ne reconnaisse qu'il n'aurait pas été tout à fait le même, s'il n'avaii pas lu tel ou tel ouvrage » (1). Et ce sont les livres avec lesquels il a vécu sa jeunesse — ce sont ceux-là <ju'il a étudiés «en tant seulement qu'ils sont un signe de quelques états ». Ainsi parla-t-il un jour, des Fleurs du Mal, de ces fleurs dont le parfum délétère fana la jeunesse de ses dixsept ans. Trop vile, Baudelaire lui montra la boue et les larmes qui sont toute la vie et, trop vile aussi, M. Renan en recouchant au sépulcre, de ses mains pieuses, la pâle figure du divin Crucifié, lui enleva la foi, ce diclame « aussi nécessaire à nos âmes que l'huile aux lampes de l'autel» (2). Ainsi comprise, la critique — personnelle comme un journal iniimeet plus sincère, s'il se peut, car la généralisation favorise la sincérité, devient moderne jusqu'au rallinement et, peut-être aussi, sans avenir. Car, pour saisir ces Essais de psychologie, il faut avoir vécu cette désolante vie actuelle. Je n'imagine guère ce que Boileau, par exemple, en eût compris, mais M. Bourget n'a-t-il pas dit: «la grande incertitude de la renommée littéraire a ceci de bon, qu'elle nous guérit des inutiles ambitions d'immorlalilé et nous amène à ne plus écrire que pour nous faire plaisir à nous-mêmes et à ceux de notre race. Mais

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