Essais de psycholojie, tome II
M. l'AL'L liOUUGirr. 283
Elles se sentent trop faibles en face de l'homme trop fort, et c'est en vain, qu'elles deviennent délicates jusqu'à l'iminalérialilé, elles seront toujours les ennemies. Même ce curieux poème ù'Edel, où M. Bourget a incarné son idéal d'aristocratie. Est-ce que l'élrangère a été vraie? Non, elle a trompé comme la femme d'Alfred Chazel, com.me la blanchisseuse Gervaise^, comme la courtisane Fanny Legrand.
Notre idéal est. fait de toutes les douceurs,
disait M. Bourget, et l'on peut ajouter qu'il est diflicile de concevoir des œuvres plus délicates que Sieeple-chase, que Madame Bressuire, \écues> en des décors plus luxueusement aristocratiques : ce ne sont que vérendahs enguirlandées de fleurs avec des planli^s vertes, des sofas où des mondaines babillent en buvant du thé ou bien des chambres à coucher avec des causeuses chargées de coussins en soies anciennes, avec des lits drapés de dentelle, aux capitons de satin, des psychés, des parfums et partout des bibelots, des étoffes brochées de rouge-mort, de petites lampes anglaises, des paravents de laque, des livres reliés de peluche que des mains mignonnes feuillettent parfois.
Enfin, n'a-t-il pas dit délicieusement :
Il me faudrait ea sa robe de soie,
Sous le soleil des clairs étés sans fins,
L i uûble <lauie aux yeux lieis, aux doigts fins...
Celle qu a peiute un jour, le Titien.
Tout ce décor de luxe ne transforme pas la
femme, M. Bourget le comprend trop. Mais précisément parce que ses baisers mentent, parce qu'elle est un enfant malade, parce qu'elle est perverse et menteuse et frivole — il l'aime à cause de ses tromperies, de ses cruautés qui le désespèrent — selon la divine phrase du Sardanapale de Byron : « En te voyant céder à ta nature ne crois pas que je t'aimerai moins, oh non, et peut-être même, qui sait? je Vaimerai encore davantage » . Et puis, M. Bourget se souvenait des temps lointains « où il laissait s'envoler sa prière vers les plaies d'où jaillit le sang réparateur ». Avec les années, la religion n'étant plus, pour lui — comme pour Hamlet, « qu'une rapsodie de mots » il reporta sur l'idole changeante de son rêve l'adoration douce qu'il avait jadis pour la sainte et l'immaculée Vierge Marie; alors il s'agenouilla aux pieds de sa maîtresse et dans sa mortelle beauté, elle devint la Dame vers qui montait l'amour et de qui s'en venaient les deuils, les nuits de désespoir mais aussi la seule poésie et les seuls bonheurs d'ici-bas.
Il y a plus, M. Bourget a gardé du christianisme, sa vie morale. Lui qui a dit, un jour, « il n'y a que des états psychologiques », il s'écrie, en pensant à une créature d'amour :
Ab! que n'ept-il une eau lustrale, un baia puissant, G fetume, pour puérir l'âme passiounée Ou pour te rajeunir et te laver le saug (1) t