‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 86 sur 129 · Les Aveux, p · texte numérisé non relu

Les Aveux, p

M. l'A IL BOl'Ur.KT. 287

« divine... Je n"use dire comment ». Quel dédain de noire n.-itiire dans les paroles vraies du tentateur, Or le poêle la trouve aussi profondément méprisable, celte nature qui flétrit, des poussières de ce inonde, les fleurs des rêves. Et cette pensée toujours, il voudrait une heure d'oubli :

« Pour te tuer, âme rêveuse d'aupes, Jf. l'ai traînée à des plaisirs sans nom Puis je criais ; « Es-lu bien mortii ? — Non. »

Celle trêve à la vie, cette délivrance de la pensée, c'est-à-dire de la douleur, il a pu la trouver :

« Et, dans Ion larce lit où m m'enveloppais De baisers frémissants cl d'étreintes païennes, Pour la première fois, j'ai pu dormir en paix. »

Et après? — Après :

« J'ai connu bs réveils atroces des grands jours. Eclairant le rideau de quelque alcùve infâme (1). »

Son âme s'est abattue, se sentant « perdue à jamais ». La grande désolation est bien de rêver de pures tendresses et de comprendre que ces songes ne sont que taulalogies devant la nature qui se dresse mystérieuse et implacable. Les lèvres brûlantes l'ont fanée, les mots delà terre l'ont salie, mais elle survil, l'âme éternelle, gardant, la souvenance des rêves d'avril qui s'en sont tous allés dans le vent, à la mer. Qu'il y a loin de celle débauche désolée à la gauloiserie de La Fontaine. C'esl une sensalion aiguë de

i. Les Aveux, p 190.

288 l,A CRITIQUE FRANÇAISE-

parcourir un des Contes du Bonhomme après les spleenétiques Aveux de M. Bourget. On verra combien l'un a d'insouciance, et l'autre, d'analyse. Les physiologistes diront l'un a le sang rouge et les nerfs foris; l'autre, l'anémie et la nervosité. Ainsi tout ce que nous souffrons, tous les Golgothas auxquels nous nous déchirons les geniiux, toutes les nuits où nous nous prenons le front en l'amertume des agonies, proviennent de quelques globules trop pâles de quelques nerfs malades... 'et, s'il en était ainsi?

M. Bourget est profondément sensualiste : n'a4-il pas déclaré, après Condillac et bien d'autres, que « penser, c'est toujours sentir? » D'ailleurs, son maitre en philosophie, Spinoza, n'avait-il pas dit : « L'âme humaine ne perçoit aucun corps comme existant en acte que par les idées des affections de ce corps (1) ? » Mais M. Bourget est moins philosophe que sensitif, et sensitif d'une délicatesse qui va s'affinant toujours. « Mes sensations préférées, dit-il, sont celles que procurent les parfums, parce qu'elles remuent plus que les autres ce je ne sais quoi de sensuellement obscur et triste que nous portons en nous. » Il est des moments où sa seositivilé déjà maladive se délicalise jusqu'au spasme et jusqu'au crime. C'est alors qu'il contera les ineffables détresses de celte Jeanne de Gourtisols « dont Tàme a passé dans les pleurs » ou de cette Marquise de Morède qui « meurt pour expier les splendeurs qu'ont vécues

Page 1