Éthique, 2" partie, prop. XXVI
M. l'A IL HOURGET. 289
ses aïeux ». C'est alors aussi, qu'il décrira les crimi nelles perversités d'amour du Flining Club ou de cette détraquée de Colette.
Et toujours, M. Bourget peut dire, avec Faust, « qu'il lui a été donné de lire dans son cœur » . Car jamais ne se paralyse sa douloureuse faculté d'analyser ses sensations. Dans le silence de la nuit, aux bras de sa maîtresse, l'idée de la mort surgit ; il est pris de pitié à la pensée que ce front, si doux à ses lèvres, sera demain tout froid, sous les plis du linceul (1). Et justement, il parlera ensuite « des déceptions que l'amour réserve à ceux qui pensent » car telle est la cause qui fait souffrir notre race du manque d'amour. L'amour, dans son essence, est composé de foi et d'action. Il faut croire en la tout aimée et il faut le lui prouver. Or, la continuelle analyse de soi-même, enlève toute illusion, toute volonté. On se prend à douter et, les doutes conçus, il faut les vérifier, puis « une fois la preuve faite, eli bien, alors, adieu à tout amour, » s'écrie le maure Othello; la femme apparaît, comme dit encore celui qui ne croyait plus en Desdémone, « composée de langues d'aspics » . L'âme blessée se retire ; elle répète avec Amiel : « Je ne sais plus vouloir » . Si bien qu'ayant volonté, cause et moyen, elle en arrive à conclure à la nécessité d'une action qu'elle n'a plus la force d'accomplir. Il ne peut croire, il ne peut aimer le mélancolique héros de la Course à la Mort