Les Aveux, souvenir
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elle vieux castel allemand dû il ensevelit sa tristesse, — indicible d'infini, assiste au suicide d'une âme, car la conséquence dernière de l'analyse est l'atrophie de la volonté, c'est-à-dire la mort spirituelle.
M. Bourget n'est point aussi malade et, pour ne dire qu'une de ses illusions, il croit encore au grand amour. C"est assez du cri de Faust entendant la voix de son âme, même dans la chambre de Marguerite, « pensée amère qui me ronge le cœur, ici que vienstu faire? » C'est assez pour lui dicterdes vers comme Amour naissant et Volupté. Il sait encore vouloir : la puissance dramatique des dernières scènes cVAndrc Cornclisle prouve bien. Qu'il y a loin de cette intensité d'action au silence de toute vie d'Amiel 1
Or, que devient la femme dans celte conception de l'amour, qui, à quelques différences près, est celle des écrivains contemporains. L'étrangeté est que ceux qui paraissent avoir connu la femme dans le mensonge des livres, concluent à peu près, comme ceux qui l'ont connue dans le mensonge de la réalité. Pour tous, pour ceux qui ont rêvé la vie comme pour ceux qui l'ont vécue, pour Scherer, pour JM. Cherbuliez comme pour Baudelaire ou d'autres, écoutez : — Le crépuscule, une lampe d'albâtre aux clartés mourantes, les rideaux de l'alcôve tombant froissés avec celte lassitude infiniment triste des choses et Olhello crie les yeux sanglants, fuu de désespoir: « Elle avait.maltourné.c'étaitune femme perdue ». — Émilia répond : « Tu la calomnies, tu es un diable » — Olhello : « Elle était fausse
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r.o.MMK LEw » . Et voilà leur pensée secrète. Parcourez kl Colère lie Samson, l'Hunime-Femme, Snplio^ la Bcle, Mensonges, toute l'œuvre de MM. Renan, de Lisle, d'Aurevill}^ Zola, Bocque, Loti, de Maupassant, etc, elc, la conclusion reste semblable : toujours la femme trompe « avec votre nom dans le cœur, dit encore M. Bourget, parce que faire fond sur elle, c'est faire fond sur l'eau». Une remarque s'impose : en dehors du plaisir physique, l'amour ne serait donc qu'une duperie. On reconnaît plus ou moins avouée la fameuse théorie de Schopenhauer telle qu'il l'exposa dans son grand ouvrage : le Monde comme volonté et comme Représentation : « Les hon^mes ne sont mus quand ils aiment, ni par ■des convoitises dépravées, ni par un attrait divin. Ils travaillent pour le génie de l'espèce, sans le savoir, ils sont tout à la fois ses instruments, ses courtiers et ses dupes » . Et voici peut-être bien la réalité mais on a tant lu, tant répété que la femme n'était que duperie, que mensonge, que fragilité; — on l'a même écrit et puis, vous savez, il suffit de deux yeux souriants, désolés, ironiques ou •hautains pour que les théories soient oubliées et que la vieille comédie recommence. Celui qui croyait son •cœur las, qui s'oubliaità relire les infolios à coins de mêlai, qui s'épuisait d'analyse et de scepticisme .•éprend la chanson banale. A l'Orlando qui murmure : « Je t'aimerai toujours et un jour » . — Bosalinde reprendra : « Dites un jour en retranchant loujours. » Et ce sera encore vrai. La journée
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d'amour passera, puis la vie reprendra plus triste, plus monotone. Le grand faiseur d'analyse sentira qu"il a été dupe tout comme Fortunio ou Chérubin, car, pour tous, l'amour est bien comme le déclarait Rosalinde, l'énamourée aux yeux caressants qui courait la forêt des Ardennes, en pourpoint de page : «l'amour est simplement une folie, et les amoureux méritent aussi bien que les fous, le cabanon noir et le fouet; la raison pour laquelle on ne les punit, ni ne les guérit ainsi, c'est que leur folie est d'espèce si commune que les fouetteurs sont amoureux, eux aussi (1) ».
Mais il y a plus que de l'amour dans l'œuvre de M. Bourget, il y a une infinie tendresse pour tous les perdus. Un soir, il y a dix-huit cents ans, au bord de la mer de GaUlée, Jésus de Nazareth, en descendant de la barque vit, dans Tagonie de la lumière une foule qui l'attendait, et saint Marc raconte que pressentant la banqueroute de toutes ces destinées, « il fut ému de compassion pour celte multitude, parce qu'elle était comme des brebis qui n"ont point de berger ». Et cette charité du Christ qui est l'immortelle révélation du Christianisme, M. Bourget la sent déborder de son âme. C'est avec une douceur pieuse qu'il parle de celte pauvre Noémie Hurtel tuée au souvenir d'une souillure, de Madame de Velde morte à toute espérance, de Suzanne Moraine poursuivie par la folie de son