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Histoire et Liliératurc, tome II

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Et je ne demande pas à M. Brunetière ce qu'il pense de Pierre Loti; il lui fait belle et large part, ni de M. Alphonse Daudet dont il semble croire que l'œuvre survivra. J'ai simplement voulu, par quelques citations qu'il m'eût été facile d'allonger, prouver que si xM. Brunetière a combattu le naturalisme — ce qui est un fait — il Ta combattu loyalement sans se jamais refuser à louer ce qu'il jugeait digne de l'être. Qu'il ait souvent exagéré et même faussé sa pensée pour paraître plus mordant, plus satirique — je l'accorde, et pourtant il n'en est jamais venu à appeler le naturalisme — comme M. Cherbuliez « une littérature de café-concert» ou comme d'Aurevilly, « le piedplatisme du dix-neu- « vième siècle I »

Cependant, il faut ajouter que certaines manifestations de l'art moderne lui échappent: tels les merveilleux romans elles merveilleuses études d'histoire des de Goncourt, les derniers volumes de Flaubert et les œuvres des symboliques.

Mais on a certainement loué hors de mesure son érudition et son acuité d'analyse. Erudit, M. Brunetière l'est très certainement et sa science, puisée aux sources mêmes, a une sûreté rare pour une époque où la vulgarisation met à la portée de beaucoup un facile savoir de seconde main. Mais si cette érudition est presque impeccable, elle n'est pas, en revanche, très étendue. Les époques qu'il connaît à fond sont relativement peu nombreuses ; ce sera, en histoire, la Révolution française et le premier Empire ;

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ce sera, en liiiératiire, le dix-septième siècle qui résume pour lui la perfeclion. S'il s'a-venlure dans riiistoire espagnole ou dans le moyen âge, il lui arrive de s'égarer. Cesl ainsi que, parlant de 1^ littérature conteniporaine en Espagne, il commit quelques erreurs qu'un critique espagnol iM. Léopold Lalos releva avec étonnement. Ailleurs, parlant de Forneron, il avouait que « l'époque de Philippe II ne lui était pas très connue » et parfois, il lui arrive d'attribuer à Boileau une parole de lîeaumarchais.

Il faut reconnaître que si les études de M. Brunetière ne sont ni très nuancées, ni très complètes, elles sont en revanche d'une bien aisée compréhension. Leur principal mérite est la clarté — une clarté que d'aucuns appelleraient superficialité ou même stérilité. Si l'on s'avise de comparer son Essai sur Flaubert à celui de M. Bourget, on verra qu'il regarde son sujet sous un angle très aigu, qu'il ne craint pas d'analyser un livre aussi connu que Madame Bovary, de se répéter, d'étudier uniquement l'œuvre de Flaubert, de l'étudier pour ellemême et de n'y pas chercher l'essence même du génie du poète de Salambo.

Or, M. Brunetière qui, en sa qualité de français, possède à un si haut degré l'amour de la clarté et de la symétrie et qui, a cet amour, non seulement dans la pensée, mais aussi dans le style, en arrive souvent à promettre bien plus qu'il ne tiendra. Il aime les résumés, il cherche les idées générales.

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énoncées d'abord, puis longuement développées. Et il me paraît que la définition que voici rappelle plus M. Taine que Sainte-Beuve : « Humanité, don d'intéresser, recherche de la nouveauté, science de la scène, style cherché et faux ! voilà tout le théâtre de Voltaire ». Mais cette symétrie est plus dans les mots que dans les idées. Au lieu de développer ses assertions, il tourne court, il reprend un point déjà traité, il lance quelques épigrammes et tout est dit. Un exemple plutôt : dans l'élude sur le iSaturalisme français, il se propose de démontrer comment Flaubert construit ses phrases, ses paragraphes, ses épisodes. En vérité, il expose quelques procédés de Flaubert, mais pour trouver ce programme réalisé, il faut attendre l'étude d'Emile Hennequin.

Maintenant que nous avons essayé de démontrer que M. Brunetière n'est ni doctrinaire étroit, ni profond analyste, il conviendra, sans doute, de dire ce qu'il est.

A première lecture, sa critique paraît immodestement subjective, mais, les habitudes et les affectations de style oubliées, on reconnaîtra que ce subjectivisme est surtout un fait d'apparence, une méthode d'écrire. Bien plus, ne faisant point de psychologie littéraire, et prétendant baser ses jugements sur d'éternels axiomes, il se pourrait que ses écrits soient moins subjectifs que les écrits de ceux qui se défendent de l'être. Mais voilà, au lieu de couvrir son moi, il le mettra en scène. Il condamnera, il applaudira, il anathématisera, il absoudra et.

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au lieu de se retrancher dans l'anonymat, ilaffîcliera ses opinions.

D'ailleurs, pourquoi môme le lui reprocher? Puisque la critique ne saurait devenir objective de par la nature même de la chose étudiée (1). Ce qu'il faudrait lui reprocher ce serait, s'il y avait lieu, l'illogisme, l'étroitesse, le caprice de ses jugements ; mais il n'y a pas lieu, car, étant données son éducation, ses admirations et ses habitudes de pensées, ses arrêts, puisqu'il rend des arrêts, sont aussi logiques, bien qu'aussi subjectifs que ceux de MM. Zola, Céard ou Alexis.

Si l'on pénètre dans l'œuvre de M. Brunetiére de manière à en extraire la substantielle moelle, comme dit Rabelais, on découvrira l'union intime de deux tendances divergentes jusqu'à être ennemies, l'esprit latin et l'esprit moderne. Tels sont les deux points de cette étude. Dans ce dualisme dont les deux termes sont tour à tour prépondérants, la prépondérance finale restera, je crois, à l'esprit latin, ce qui ne laisse pas d'être assez étrange pour une époque qui, comme la nôtre, a horreur du Classicisme.

1. Voir la démonstratiou de cette thèse : la Critique analytique et l'étude Einii' HenneqiUii : la Critique scientifique.

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