‹ Les ex-libris et les marques de possession du livreChapitre 10 sur 13 · LES EX -LI BRI S · texte numérisé non relu

LES EX -LI BRI S

Les Anglais du dix-neuvième siècle ont l'ranchement versé dans les marques de blasonneurs en boutique ; ils ont adopté cinq types principaux, tous cinq — sauf de rares exceptions — poncifs et banals : 1° Tex-libris au tortil, où l'on ne voit (|ue ce reste du heaume, devenu sec comme un mirliton, avec une devise et le nom en belle écriture moulée ; 2" le type héraldique, écu, casque, tortil encore, et lambrequins, copiés sur les anciens; 3" le type à la jarretière: une jarretière ou une ceinture nouée en rond, avec au milieu le nom de l'amateur; 4" le type sigillograpliique, accommodé en sceau gothique et gravé à la façon des médailles du procédé Collas ; 5" le type en forme de marque de libraire du quinzième siècle, anglais, allemand ou français. Quelques bibliophiles se dégagent de ces errements stéréotypés ; ils se comptent. Je citerai H. B. Ker de Lincolns-Inn.qui est encore un romanti^e à la Walter Scott et qui a déposé le heaume, le haubert et Fépée sur un arc gothique. Mais l'art spécial le plus ordinairement adopté là-bas n'est pas sans avoir influencé nos héraldistes.ll y a coquetterie pour l'instant chez nous à se donner une marque aux allures bri-

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tanniques, comme il est sdant de se vêtir à l'anglaise. Les meilleurs esprits n'échappent point toujours à cette mode. Au contraire, les bibliophiles anglais raffolent de devises françaises, c'est un prêté pour un rendu.

Les Allemands sont plus chercheurs de nature, mais aussi plus attachés à leurs traditions*. La plupart d'entre eux s'en tiennent encore aux légionsde casques cornus, surmontant un écusson chargé et rechargé de partitions et d'alliances. Les couronnes princières ne comptent que pour une valeur relative ; il faut voir, comme nous disons. Avant leur singulière fortune, les Hohenzollern n'avaient que des lions, un cerf sur leur écusson, et deux chiens pour supports. Au contraire, les Anhalt-Dessau arboraient les insignes quasi royaux. Souvent, des personnages très décorés d'ordres nationaux ou étrangers suspendent leurs insignes à des brochettes ; ainsi faisait le comte de Bismarck. Je citerai, parmi les modernes les plus audacieux, le comte Karl de Leiningen, montrant sur son ex-libris un chevalier du quin-

* Consultez Die deiitschen bucherzelchen ex libris von ihrem urspninge bis :w^ (jegenwart , Ton F. Wax-necke, in-8, 1890 (Berlin, J. A. Stargardt).

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zièmc siècle à cheval, pareil au type équestre des sceaux, et enluminé, colorié comme une étiquette de kirchenwasser. C'est excessivement bleu, rouge et jaune, non point laid, mais pire.

En Italie, il y a plus de liberté. Le chevalier Nigra marquait ses livres d'un ex-libris héraldique, avec pour cimier du casque une vierge noire et la devise fameuse des Mauresques : Nigra sum sedfonnosa. RossiavaitunGrec, drapé dans sa toge et écrivant à une table.

Chez les Russes, il y a tendance aux marques d'héraldistes. Le prince Anatole Demidofî possédait pour ses collections célèbres un ex-libris représentant un écusson très entaillé, chargé d'un pic de mineur, par allusion à l'origine de sa fortune; au bas, une couronne fermée et les initiales A. D. Tout ceci du plus pur style anglais moderne , et probablement exécuté à Paris.

Je m'en tiendrai à cette émnuération un peu sèche et que j'eusse désirée plus complète; l'espace restreint m'oblige à passer plusieurs autres pièces intéressantes. Aux personnes qui se voudraient faire une idée à peu près définitive en la matière, je conseillerai de

visiter, aux estampes de la Bibliothèque nationale, les soixante volumes d'ex-libris réunis et classés alphabétiquement. J'aurai occasion d'expliquer tout à l'heure pourquoi les conservateurs ont choisi ce groupement un peu empirique, mais qui répond aux exigences des communications rapides. Commencée il y a moins de quinze ans, la collection de la Bibliothèque nationale s'est rapidement enrichie sous la direction de M. Georges Duplessis, conservateur du département; elle comprend aujourd'hui près de sept mille pièces, dont cinq mille au moins recueillies dans ces dernières années.

.^vf L laut donc se rendre, quelque reëCZ ê'^'^^ qu'on en ait, au fait acquis. On ^^!?à*t^ collectionne les ex-liLi'is aujour- ''- d'hui, on met à leur recherche une furia chasseresse à peine croyable. Tout livre rencontre muni de ses marques de possession ancienne ou moderne est aussitôt privé de son étal, et la valeur qu'il pouvait tenir de ce fait disparait à jamais. Je ne parle pas, Lien entendu, des dépôts publics où cette note de provenance demeure, et de jour en jour prendra plus d'importance, mais des livres égarés chez les libraires ou chez les bouquinistes, tombés en mains pro-

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