CAD AMOUR
qu'elle avait vu commencé dans l'atelier de M. Girodet. Moi, je posais Acys. Depuis un mois, j'avais à tenir dans mes bras un mannequin qui ne se prêtait pas au mouvement... Le mannequin, voyez-vous, ne servirajamais à rien qu'à arranger un bout de draperie. Que diable! un morceau de carton n'est pas intelligent... Il y a déjà tant de modèles qui sont des morceaux de carton ! M. Girodet me dit : Tu vas poser avec la princesse, surtout pas un mot. Je lui réponds : Je serai discret comme un médecin... Enfin, la princesse vient; elle se déshabille, sans façon... J'étais pourtant bien accoutumé, j'ai vu dans ma vie plus de deux mille modèles de femme... eh bien! c'est égal, je rougissais presque; songez donc, une princesse... Pour aehéver l'histoire, la princesse remplace le mannequin... C'était une grande femme rousse, les cheveux ondulés comme dans les tableaux du Titien, et qui avait un regard fier; elle n'avait pas l'air de songer seulement qu'elle s'appuyait sur moi; je devais lui brûler le cou par mon souffle. Tout d'un coup, je sens que je ne peux plus rester, je ne fais m une ni deux, je me sauve. — Gadamour! me crie M. Girodet. Ah ! plus souvent. Plus de Gadamour, j'avais pris mes habits dans l'autre pièce, et je me sauvai... J'ai bien juré de ne plus poser d'Acys de ma vie. Quand je revis M. Girodet, je lui racontai tout; il eu rit, le brave homme.
Ces beaux temps passer Bnt vite. Cada^our vit disparaître David en exil, et Girodet qui mourut en 1824. Il entra alors chez Gros, qui le fit poser dans plusieurs tableaux importants; mais il n'était plu^ comme jadis,
le modèle chéri du maître. Les juifs commencèrent à trouver le métier bon, et toutes les familles juives pauvres faisaient irruption dans les ateliers en qualité de modèles.
Un jour, blessé de cette concurrence, il signifia à * Gros qu'il ne voulait pas poser en même temps que les juifs.
— Pourquoi ça ? dit le célèbre peintre, qui se divertissait de ces petites jalousies.
— Ma religion me le défend, répondit Cadamour.
En même temps, il entra dans une sainte colère contre Géricault, qui avait une telle prédilection pour un nègre, qu'il le plaçait dans tous ses tableaux.
— Ce n'est pas si beau un nègre, disait-il.
— Mais que t'importe le nègre de Géricault?
— Ah! monsieur le baron, jamais M. David n'aurait mis un nègre, et pourtant c'était un peintre...
En i830, Cadamour était le doyen des modèles. Lui seul avait connu les peintres de la République; l'orgueil lui tourna un peu la tête, il fit imprimer des petits avis ainsi conçus ;
CADAMOUR,