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ÉGLISE CATHOLIQUE FRANÇAISE

Les offices seront dits en français.

Les fidèles ne paieront plus les chaises*

M. Châtel baptisera pour rien.

M. Châtel mariera pour rien;

M. Châtel enterrera pour rien.

Il eût dû dire,, comme pour les lampes, comme pour les fourneaux : église économique. Quand on construit une maison , il faut abattre l'ancienne ; M. Châtel ramassa contre les prêtres toutes les injures que le xvme siècle nous a léguées , et il mélangea adroitement son prospectus de politique ; à l'entendre, c'était le haut clergé qui avait forcé Charles X à mitrailler le peuple.

Le siège de la nouvelle Église catholique française était rue de la Sourdière, au deuxième étage.

Rue des Sept- Voies ! rue de la Sourdière ! Pour qui sait voir dans le rapprochement des lettres, dans la formation d'un mot, dans le son d'un nom, il est évident que ces deux églises furent mal situées; cependant quelques curieux allèrent rue de la Sourdière ; la chapelle ne tenait guère plus de trente personnes.

A ceux qui s'indignaient, l'abbé Châtel repondait que son culte était absolument le même que celui de l'Église catholique romaine, à l'exception qu'il priait gratis et en français, voulant se mettre à la portée du peuple.

M. Châtel s'adressait à des gens sans instruction, à

des flâneurs qui allaient rue de la Sourdière par distraction, comme ils auraient été voir ailleurs un veau à trois pattes.

Les trente paroissiens et la queue qui attendait dans l'escalier ne servirent point à éteindre l'ambition del'exprëtre. Un matin il s'en va frapper à la porte de l'abbé Grégoire, prêtre constitutionnel, ex-membre de la Convention.

L'abbé Grégoire devina à quelle espèce d'homme il avait affaire ; quoique retiré du monde politique, le conventionnel flaira un de ces champignons tel qu'il en pousse sur le fumier des révolutions. Il fut poli et regretta de ne pouvoir remplir les désirs de monsieur Châtel.

Que voulait l'abbé Châtel ? se faire sacrer évêque par l'abbé Grégoire.

En sortant, notre homme était tout consolé ; il se dit que les prêtres constitutionnels et conventionnels n'étaient pas encore en bonne odeur de sainteté auprès de la majorité, et que l'épiscopat décerné par de telles mains pouvait être plus nuisible qu'utile. En conséquence, il se rattrapera sur qui? sur M. dePradt, exarchevêque de Malines.

Celui-là était un publiciste au courant des affaires de Juillet, qui se fâche rien qu'à entendre le nom de Châtel; le religionnaire ne se déconcerte pas pour si peu et demande l'épiscopat; M. de Pradt appelle son domestique qui reconduit immédiatement M. Châtel.

Ces deux essais malheureux auraient pu décourager une âme faible; être aussi malmené par MM. Grégoire et

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de Pradt, où donner de la tête ? Il n'y a plus beaucoup de prêtres constitutionnels ; cependant, à force de fouiller dans ses souvenirs, M. Châtel se souvient d'un abbé Poulard, bien vieux, qui fut évêque constitutionnel d'Autun.

L'abbé Poulard est peut-être mort; s'il ne Test pas, tant mieux; son intelligence ira de pair avec celle des enfants au berceau; M. Chatel et son clerc Auzou rendent visite à l'ex-évêque d'Autun. Heureusement le vieillard n'avait pas fait un pas depuis 93; il était resté sous le Directoire, sous l'Empire, sous les deux Restaurations, évêque schismatiqne.

La comédie fut longue à jouer avec le vieillard, qui, . au fond, reculait devant le sacre de M. Châtel, comme évêque, et l'ordination de M, Auzou, comme prêtre. Il y avait même un troisième personnage à ordonner, M. B...

Il fut convenu après de longs colloques que M. Châtel serait sacré évêque, que MM. Auzou et B... seraient ordonnés prêtres, que la réforme prendrait une grande extension; et surtout, comme dernière condition, que la réforme, avant le sacre, assurerait une pension à l'abbé Poulard. Car le vieillard ne se dissimulait pas que le ministère des cultes qui lui faisait une pension, pouvait bien voir d'un mauvais œil sa participation à la résurrection de l'ancien schisme.

Auzou et B... furent ordonnés prêtres par l'évêque Poulard ; cela ne tirait pas à conséquence. M. Châtel se présenta une dizaine de fois pour être sacré, mais toujours il arrivait sans façon, les mains vides.

Et te titre de rentes car la rente a été convenue ;l'afehé Foulard ne veut pas perdre celle que lui fait le gouvernement; toujours il renvoyait M. Châtel avec cette raison qu'il pouvait continuer ses offices, comme auparavant, rue de la Sourdière.

Vieillard entêté !

Il y eut une scène violente ; M. Châtel n'ayant pas d'argent en vue, cassa les vitres, j'entends les vitres de la raison. Lui et Auzou allèrent un soir chez le vieillard, et firent une scène de religion, telle qu'on n'en a jamais vu de pareille aux halles. Ils traitèrent le vieil évèque d'avaricieux , de grippe-sou, lui reprochèrent de tenir plus à un mauvais titre de rente qu'à la réforme.

Après cette scène, qui effraya l'abbé Poulard, M. Châtel crut avoir triomphé par des éclats de voix. Il employa les moyens violents.

— Vous allez procéder au sacre ? lui dit-il d'un ton de commandement.

Mais Fabbé Poulard, qui avait passé par les temps orageux delà Convention, se voyant traité de la sorte, retrouva un éclair de jeunesse.

— Sortez, dit-il aux deux associés, sortez, vous m'avez trompé, je vois clairement à quels hommes j'avais affaire. Vous, Monsieur, dit-il à Auzou, vous êtes indigne de l'ordination que je vous ai donnée trop facilement ; mais c'est une leçon pour moi... ne revenez jamais !

M. Châtel commençait à douter de son épiscopat,et il lui fallut subir même d'autres humiliations dans de certaines quêtes qu'il faisait pour le triomphe de la réforme religieuse. Sans doute, les curieux iront par hasard rue

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de la Sourdière voir une église pot-au-feu, mais de là à l'entretenir, à la faire vivre, il y a loin.

Depuis son arrivée à Paris, M. Chanel était reçu francmaeon; il se raccrocha à la franc-maconnerie, ou du moins Fidée de Fépiscopat lui vint-elle par cette filière.

Au numéro 45 de la rue Grenelle-Saint-Honoré, il y a une maison sans apparence, reconnaissais à un long corridor; c'est la Redoute. Les dimanches, lundis et jeudis soir, on y danse; les autres jours, la salle est louée accidentellement à des concerts d'amateurs, plus particulièrement à des sociétés de franc-maçonnerie.

La salle est occupée également par la société des Templiers, compagnie mystérieuse, plus délaissée, ô'il est possible, que la franc-maçonnerie ; malgré tout, pleine d'orgueil comme les reines sans couronne, et qui vivait en hostilité avec le Grand-Orient.

M. Châtel, laissant de côté les querelles des francsmaçons et des Templiers, se souciant aussi peu du Grand-Orient que de Ta loge de Saint-Jean, fit des ouvertures au grand maître du Temple. Chose bizarre, qui fit que ces deux hommes se rencontrèrent.

Le grand maître F... de Spolette cherchait depuis longtemps un homme à qui conférer Fépiscopat; personne ne voulait le recevoir.

M. Châtel cherchait à recevoir Fépiscopat; personne ne voulait le lui donner.

L'ordre des Templiers est très-oublié, tout à fait éteint, malgré les dignités dont il peut disposer Le grand maître de ces chevaliers du Temple est en même

temps souverain pontife de l'Église Joannite. Deux couronnes à la fois : Tune militaire, l'autre religieuse. Le grand maître, comme chef de milice, est :

Altesse* sérénissime, Très-excellent seigneur.

Comme chef des lévites, il est :

Souverain pontife»

Prince des apôtres.

Très-saint père.

Beaux titres illusoires! dignités mortes ! qui aboutissent à un cordon fané autour du corps pour décoration, à une chaise dépaillée pour trône.

Il faudrait tout le génie de mon illustre maître, M. de Balzac, pour faire sentir les misères et les décadences de ces associations ruinées, et les intrigues nouées, dénouées, renouées entre le Temple et FÉglise catholique française.

Toujours est-il que le chercheur d'épiscopat rencontra le donneur d'épiscopat, etquece fut une joie, une liesse énorme dans la vie de ces deux personnages.

Que voulait M. Châtel? moins que rien. Être évêque.

Que voulait le grand maître du Temple? Pas grand chose de plus. Être pape.

Et son raisonnement n'était pas mal imaginé. « Du jour, se disait-il, où j'aurai sacré un évêque, cela prouvera ma puissance, je serai pape. » Depuis longtemps il avait offert Fépiscopat à quelques-uns de ses chevaliers, mais ceux-ci, rien qu'à regarder l'affreuse salle

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de la Redoute, rien qu'à penser à leur travail du lendemain, rien qu'à se donner la main sans gants, rien qu'à retrouver le soir leur femme endormie, se disaient avec un fond de bon sens : « Je ne suis pas fait pour être évêque; je veux bien de temps en temps parler au Temple, aller faire un extra avec les chevaliers; mais mon porteur d'eau, le voisin et ma portière riraient trop s'ils me savaient évêque. »

Donc, Châtel était le Messie si longtemps attendu qui allait servir l'ambition du grand maître, M. F.... Ce dernier était d'une rare générosité; on lui demandait un sou, il vous donnait un louis. M. Châtel voulait un simple épiscopat, il fut nommé primat des Gaules.

Vous signerez de votre sang, dit le grand maître, que vous croirez et professerez toute votre vie la doctrine templière et que vous vous soumettrez aveuglément à tous les statuts lévitiques et militaires de notre Église et de notre ordre.

— Je le signerai , répondit l'aspirant évêque.

— Vous adopterez dans votre culte le costume et les cérémonies de l'Église Joannite?

— Je les adopterai.

— Toutes vos églises seront gouvernées par notre administration et il vous est interdit de toucher l'argent.

L'abbé Châtel adopta tout sans marchander, même la question d'argent ne lui fit pas faire de grimaces.

— Cependant, dit-il au grand maître , j'aurais besoin d'acheter un costume d'évêque, et je ne suis pas trèsriche en ce moment...

Le Temple réfléchit.

— N'importe, dit-il; vous donnerez un reçu de cette avance pour que notre caisse la prélève sur les premières recettes.

— Il est assez important, dit l'abbé Châtel, de conserver encore quelque temps l'extérieur du culte romain, pour ne pas trop effrayer les fidèles par l'apparition d'un costume et d'un rit qu'ils pourraient prendre pour un costume et un rit de franc-maçonnerie, ce qui ne serait pas propre à les attirer à nous.

— A la condition, reprit le grand maître, que nous serons les juges du moment où vous devrez opérer le changement.

— J'ai un officiant, dit M. Châtel, qu'il est nécessaire de nommer vicaire primatial.

— Oui , mais il faudra qu'il signe de son sang notre profession de foi ou nos statuts.

L'abbé Châtel s'engagea pour M. Auzou, et alla immédiatement lui apporter la bonne nouvelle. Quel enthousiasme s'empara des frères en religion ! On ne dort pas ces nuits-là. Tout Paris vous écoute, vous applaudit, vous baise la robe... Et puis viennent les profits sans nombre. Il est nécessaire d'ouvrir une église vaste, bien ornée, où sera le siège de l'évôcbé !

M. Châtel rêvait à sa mitre, à sa crosse; la fièro mine qu'il aura! M. Auzou pensait à la gloire qui rejaillirait sur lui; il est au second rang, qu'importe! en travaillant, il pourra arriver au premier.

Pendant que l'église catholique française dormait sur son oreiller bourré de rêves si doux et si roses , le grand maître du Temple faisait mander son grand sénéchal et

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convoquait pour le lendemain un couvent général extraordinaire.

L'assemblée du Temple approuva tout ce qu'avait promis le grand maître , et décida que le lendemain, sans retard, l'abbé Châtel et son officiant seraient sacrés. Le Temple était radieux, car les plus âgés ne se souvenaient pas de pareille cérémonie.

Je ne veux pas entrer dans toutes les comédies et simagrées auxquelles donna lieu ce sacre : cela ressemble aux épreuves franc-maçonniques, bonnes tout au plus à donner le cauchemar à des enfants au berceau. Mais cependant la clause principale du contrat fut exécutée : la signature au sang !

Le sang coule sérieusement, le parchemin est déroulé, la plume est prête, Châtel signe, Mais au fond cette cérémonie est d'une vulgarité bien bourgeoise. Le grand maître serre avec des ficelles les trois doigts des néophytes; il les pique avec une aiguille, et les disciples et chefs de l'église catholique française sont reçus Templiers.

Bientôt une nouvelle église s'ouvre rue de Cléry avec un nouvel évêque, l'abbé Châtel, qui s'intitule évêque coadjuteur des Gaules. Au début, il vint quelques fidèles ; d'ailleurs le Temple se remuait pour chauffer la

nouvelle religion; il était de l'intérêt du grand maître de voir la farce réussir, puisque la papauté résultait du succès.

Mais tout à coup un premier schisme déchire les voiles du temple ; M. B... se sépare de M. Châtel, fait devant Farchevêque de Paris amende honorable. M. B... revenait à l'Église catholique.

Châtel se dit que, dans les douze apôtres, saint Pierre avait renié son maître et que Judas Favait vendu; il ne s'en inquiète pas autrement; mais les Templiers ne virent pas cette défection du même œil. Déjà ils commençaient à douter de la bonne foi de leur frère en chevalerie.

Une dénonciation vint à la rue de Grenelle-Saint-Honoré, qui accusait le primat Châtel d'avoir été prêcher extra-muros, à Clichy-la-Garenne, et d'avoir dit en chaire qu'il tenait son grade sacerdotal d'un évêque catholique romain dont il ne pouvait encore dire le nom.

Le grand maître courut rue de Cléry et s'emporta, accusant Châtel de manquer à sa signature.

— Ehl dit Févêque des Gaules, ces paysans sont d'une défiance... Je savais, avant de monter en chaire, qu'on allait m'interpeller sur mon évêché; j'ai commis un mensonge bien innocent.

— Assez de mensonges ! s'écria le grand maître du Temple; cela ne mène à rien; le grand conseil de l'église Templière a décidé que le moment était venu de jeter le masque. A votre prochaine messe, chevalier, vous dépouillerez le costume romain, et vous déclarerez publi-

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quement que vous êtes évêque primat de l'ordre de Saint-Jean.

M. Châtel écoutait de toutes ses oreilles.

— Rappelez-vous de plus, continua le grand maître, qu'il nous faut remettre, suivant vos engagements, Fadministration temporelle de votre église.

— Je n'ai jamais manqué à ma parole, dit le primat des Gaules, mais laissez-moi. huit jours de répit afin de préparer une mutation de costume et de langage qui ne choquent pas trop mes paroissiens. Dans huit jours je recevrai rassemblée du Temple, ici même, dans la chapelle.

Huit jours après, les chevaliers de la rue Grenelle- Saint-Honoré arrivaient avec l'ardeur que met un jeune homme à son premier rendez-vous; ils trouvèrent une lettre de M. Châtel, dans laquelle il expliquait qu'une affaire importante, un fort emprunt d'argent indispensable le forçait à s'absenter, et qu'il les priait de remettre la conférence à la huitaine suivante.

C'était agir avec légèreté vis-à-vis d'un ordre aussi orgueilleux et aussi fier de ses titres; mais l'abbé Châtel, qui était arrivé à son épiscopat, commençait à regarder de haut ses chefs. Il avait pour bouclier l'abbé Auzou, qui lui dit :

— Nous perdons nos paroissiens si nous changeons le culte romain; jamais les gens du faubourg ne viendront payer au casuel pour voir des exercices de francmaçonnerie.

Toutes les administrations qui sont dans de mauvaises affaires ont un endosseur, un gérant qui reçoit avec

complaisance les injures et les coups de pied au derrière des créanciers mécontents. L'abbé Àuzou fut nommé le gérant responsable de l'église, et M. Ghâtel disparut.

Les hauts dignitaires du Temple étaient venus solennellement à l'église, rue de Glichy : on remarquait le grand-maître, le grand-sénéchal, le grand-commandeur^ le prieur, le bailli, etc., etc. Aucuns frais n'avaient été faits pour recevoir cette illustre compagnie; le Temple s'assied et demande M. le primat.

— Il n'y est pas, répond l'abbé Auzou.

— Gomment, il n'y est pas...

— Non, messieurs, il esta ses affaires.

— Ses affaires, s'écria le grand maître! peut-il en avoir de plus importantes que celle d'aujourd'hui; M. Ghâtel a manqué de respect envers notre ordre, je propose à nos collègues de lui infliger une réprimande pour s'être fait attendre.

— Non-seulement, messieurs, répondit l'abbé Auzou, M. le primat se fait attendre, mais il ne reviendra pas, il n'a pas le temps et il m'a chargé de vous le faire savoir.

Le Temple murmura et blasphéma; il comprit qu'il était joué, mais il jura de se venger d'un tel apostat. Une convocation extraordinaire des membres de la loge Saint-Jean fut faite, chose qui n'arrivait qu'une fois par an. Trois cents chevaliers étaient présents. Le grand sénéchal se leva et parla ainsi :

— « Très-grands, très-puissants , très-excellents sei-

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gneurs, très-saints pères et vous tous seigneurs pontifes et chevaliers, salut :

» Ferdinand-François Chatel, créé chevalier, sacré évêque, et nommé primat-coadjuteur des Gaules, par décision de la cour apostolique patriarcale et décret du grand maître de la milice du Temple, et souverain pontife de la sainte Église du Christ, a violé ses serments de chevalier, d'évêque et de primat; il méconnaît aujourd'hui l'autorité de notre Église, à laquelle il avait juré de se soumettre. Mais avant de vous signaler toute l'indignité de sa conduite et prendre des conclusions contre lui, il serait nécessaire que la cour apostolique autorisât son rapporteur à faire connaître à l'assemblée les considérants qui avaient motivé son admission dans l'ordre des chevaliers du Temple, son élévation à l'épiscopatet au siège de la primatie des Gaules, et motivé l'ouverture d'un cours public; car, messeigneurs, si la cour apostolique peut, dans ses prérogatives, à Finsu des membres de l'ordre, recevoir des chevaliers, sacrer des évêques, il est de son devoir de faire connaître, lors des assemblées générales, les titres des récipiendaires; il est de son devoir surtout de motiver à vos yeux la décision par laquelle elle a autorisé d'ouvrir les portes du Temple au public. »

L'assemblée s'étant prononcée pour l'affirmative, le rapporteur de la cour apostolique revint sur les faits que nous avons racontés plus haut; mais une grande partie des chevaliers accusa le grand maître d'avoir conféré légèrement le titre de prince à un homme qui avait d'abord cherché à se faire sacrer par des évêques

constitutionnels, d'où il résultait que le Temple n'avait été qu'un pis-aller pour Fabbé Châtel.

Le grand maître, un peu confus, se défendit assez faiblement et ordonna au grand sénéchal de prendre de suite des conclusions.

Conclusions terribles, comme on va voir :

1° «Le sieur Châtel a violé ses serments; il a rougi d'avoir reçu l'épiscopat des mains du vénérable bailli, Jean de Rutland ;

» 2° Il a menti au public en disant en chaire qu'il avait été sacré par un évêque romain ;

» 3° Il a ordonné les sieurs Plumet et Laverdet suivante rit romain;

» 4° Il a constamment refusé de rendre compte des fonds qu'il a touchés, lui qui s'était engagé à laisser à l'administration du Temple le gouvernement temporel de son église ;

5° Enfin, il n'a pas eu honte, après avoir dérangé la cour apostolique, de la faire insulter en son nom par son vicaire, lorsqu'elle lui faisait l'honneur de se rendre à sa chapelle pour conférer avec lui, et de se déclarer par là tout à fait indépendant du Temple. D'après ces faits bien constatés, nous requérons que ledit sieur Châtel soit dégradé comme chevalier et comme évêque et déclaré déchu de son titre au pouvoir de primat-coadjuteur des Gaules. Que le jugement, précédé des considérants, soit imprimé à vingt-cinq mille exemplaires ; et qu'en conséquence, sommation lui soit donnée de comparaître à la barre de l'Assemblée) pour que le jugement soit exécuté. »

l'abbé ghatel.

Un des membres fit observer que le sieur Châtèî se garderait bien de comparaître.

— Alors, qu'on le brûle en effigie, s'écria le chevalier.

Un frère servant apporta un poteau. Sur une feuille de papier fut écrit le nom de Châtel et on l'attacha au poteau avec la sentence de dégradation. L'abbé Auzoufut aussi brûlé de la même manière (1).

Tristes effets des guerres de religion qui font que deux églises si bien assorties, l'église catholique française et l'église joannite, s'humilient et se mordent réciproquement.

Tel fut le jugement mystérieux: restait le jugement public, car il est des coupables dont la conscience ne chante jamais; il faut alors que le public puisse les mépriser et leur inspirer de salutaires remords. Le grand bailli reçut l'ordre d'aller le lendemain signifier à l'abbé Châtel le jugement du convent général de l'ordre du Temple.

Justement il y avait presque fête carillonnée à l'église de la rue de Cléry ; c'était jour de première communion. Les enfants jouaiçnt au bouchon avant de recevoir ce sacrement, mais quels enfants !

(1) La majeure partie de ces faits sera confirmée à tout lecteur incrédule par la lecture du Lêvitikon^ publié par le grand maître du Temple.

Il reste dans le peuple des traces de croyance; les parents des enfants traitaient les prêtres de jésuites, et cependant voulaient que leurs fils ou filles fussent communies et confirmés.

L'abbé Châtel n'était pas difficile ; il recevait tous les enfants sans les interroger ; son audace en matière de communion avait bien vite couru Paris, et les portières ne parlaient que de l'Église française.

Le grand bailli arriva comme la communion allait commencer et parla poliment à l'abbé Châtel.

— J'ai une triste mission à remplir, lui dit-ii ; ] e viens vous signifier îe jugement suprême de la cour de justice de l'ordre du Temple, qui vous dégrade comme chevalier et évêque. En voici copie. Il vous est enjoint de cesser toutes fonctions lévitiques immédiatement; vous allez fermer la chapelle.

— Bah î dit l'abbé Châtel.

— Vous me remettrez à l'instant la mitre, la crosse, la croix pastorale, l'anneau, la soutane, la musette, le rochet, les bas et souliers que le Temple vous a prêtés ; vous me paierez la somme qu'on vous a avancée et je vous en donnerai quittance.

— C'est impossible, répondit sur le même ton le primat dégradé; je vous rendrai quelques objets qu'on m'a prêtés ; quant à l'argent, cela ne se peut pas. Je ne fais pas mes frais ici ; voulez-vous fouiller les troncs, ils sonnent plus creux que les cloches... Maintenant, je ne fermerai pas mon église qui ne touche en rien à vos rits ; elle est catholique française et non joannite. Je ne re-

l'Ami C5HATI3L, 2JS4

connais pas I^rofoevêque de paris, allais Je reconnais encore moins votre pitoyable grand maîtrè.*. Le grand bailli éleva la voix.

— C'est le Temple qui vous a fait évêque ; le Temple vous retire vos pouvoirs ; si vous ne dépouillez tout de suite votre costume d'évêque et ne fermez votre église, je vais lire à haute voix et devant tout le monde le jugement des chevaliers de Saint-Jean.

— Allez chercher la garde, s'écria M. Châtel; cet homme viole ma sainte chapelle, entrave la liberté de mon culte, à laquelle j'ai droit d'après l'article 5 de la charte, délit prévu par le Code d'instruction criminelle, par le Code pénal.

Ces diables d'articles de la Charte, surtout ces mots de Code pénal, font toujours l'effet de plomb fondu dans de l'eau froide ; les gardes municipaux ne connaissent pas le Temple; ils mettraient sans façons un grand bailli, un grand maître au corps de garde.

Le chevalier de l'église joannite descendit quatre à quatre les deux étages de l'église de la rue de Cléry ; il était terrifié par l'audace de M. Châtel; le Temple gémit d'avoir été victime d'un tel apostat et &e consola avec son innocent livre d'or, son léger bâton d'or et sa lourde croix de fer, aux séances de la rue Grenelle-Saint-Honoré.

Le trouble de l'église joannite se reporta en même temps vers l'église française. Un huissier osa venir apporter des assignations dans ce saint lieu ; l'abbé Châtel ne payait pas son terme.

C'est que l'huissier ne respecte rien, ni Dieu ni

diable; il vous a aussitôt saisi une église qu'une cabane.

Voilà l'abbé Châtel en quête d'un nouveau temple ; il ne perd pas confiance. Bientôt Ton voit sur tous les murs des affiches qui annoncent la réouverture de l'église faubourg Saint-Martin. Là je le vis pour la première fois ; il prêchait dans ce hangar où on Pécoutait. Sur Pautel il y avait un buste de Louis-Philippe et des drapeaux tricolores au-dessus et dans un cartouche une accolade singulière des trois plus grands hommes de l'humanité :

iConfucius, Parmentier, M. Laffitte.

J'étais bien jeune alors, j'arrivais de la province passer quinze jours de vacance à Paris; je ne pensais guère alors à faire de la littérature mon métier. Par instinct autant que par curiosité, en deux jours, je vis deux hommes dont je devais m'occuper dix ans plus tard.

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