‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 125 sur 200 · SUPÉRIORITÉ DU LATIN · texte numérisé non relu

SUPÉRIORITÉ DU LATIN

l'avantage, que ne possède pas le grec, d offrir, à Tétude, une littérature vaste, pratique et morale. Nous considérons le latin et l'algèbre comme l'introduction à la philosophie. Sans le latin, impossible de comprendre l'antiquité et en/gdre moins l'esthétique. Sans votre langue mère, nous serions impuissants à donner une éducation vraiment américaine, vraiment digne d'un homme civilisé.

Et je sentais le rouge me monter à la face en pensant aux races latines, et à la France, oîi la lutte contre notre langue mère vient de commencer. Et je regardais la terre, honteux qu'une si dure leçon nous vint du peuple le plus pratique qu'il soit. En Amérique, les programmes ne sont pas imposés par l'Etat. Chacun peut faire ce qu'il veut. Les programmes des écoles sont dressés d'après ce qu'on nommerait aujourd'hui un referundum du peuple. Si Ton demandait aux Américains : « Voulez-vous du latin on n'en voulez-vous pas? » Tous répondraient : « Oui, nous en voulons. » Et en Italie certes, c'est le contraire qui aurait lieu, en commençant par les étudiants de l'Université qui un jour ont tait grève, parce que le professeur de droit romain citait les pandectes de Justinien dans le texte, afin de n'en pas gâter le sens par une traduction en langue vulgaire.

J'ai séjourné peu de temps en Amérique, mais je fréquentais constamment chez des collègues qui, rivalisant entre eux d'amabilité, m'introduisaient dans le cercle de leurs parents et de leurs amis, où j'étais accueilli avec une cordialité rare ; j'ai donc été à même de connaître ce pays plus

rapidement que d'autres. Je m'aperçus bientôt, il est vrai, que je me trouvais sur un terrain un peu artificiel.

Ma qualité d'Italien agissant à la manière d^un charme, faisait que je me rencontrais toujours avec les personnes qui avaient visité l'Italie et qui possédaient une culture artistique. Après un mois de. séjour en Amérique, me remémorant tous les dîners et tous les déjeuners auxquels on m'avait invité, je m'aperçus que presque constamment j'avais été le voisin de femmes plus cultivées que ne le sont généralement les nôtres en Italie. Et mon projet d'enquête sur l'instruction de la femme m'apparut pour cette raison beaucoup plus difficile à réaliser que je ne l'avais cru tout d'abord. Il s'en fallut de peu .que je ne me décidasse à l'abandonner, ou à ne tenir aucun compte des conversations que j'avais eues à table et dans les salons, à cause de la sélection évidente de mes partenaires.

Mais où je pouvais mieux tâter le terrain, et souvent, par une question unique, aller au fond des choses, c'est lorsque je descendais dans un jardin, ou que je me promenais dans la campagne. Une fleur alors, un insecte, n'importe quel objet devenait comme une pierre de touche, et j'assignais sur-le-champ une place aux femmes interrogées par moi dans mon tableau des notions courantes.

J'ai trouvé les femmes américaines plus fortes en botanique qu'en géologie; mais ma surprise dépassa toute attente quand je poussai la hardiesse jusqu'à parler d'astronomie. Je me bornai d'abord à chercher pendant les beaux soirs d'été où se trouvait l'étoile polaire; puis, de la petite ourse, je passais à la grande, et je parlais planètes... Mais, je pus me convaincre bientôt que la plus grande partie des dames

Page 1