‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 13 sur 200 · THÉORIES D'HIPPOCRATE · texte numérisé non relu

THÉORIES D'HIPPOCRATE

humidité. Les bonds et les soulèvements n'échauffent presque point les chairs ; ils rendent le corps et Tâme plus alertes, et ils font sortir le pneuma. La lutte et les frictions agissent particulièrement sur les parties extérieures du corps ; elles échauffent les chairs, les fortifient et les font croître, pour les raisons suivantes : la friction foule les parties qui sont compactes par nature, et dilate les cavités, les vaisseaux, par exemple ; les chairs échauffées et desséchées attirent à elles la nourriture par les veines ; voilà comment elles augmentent de volume. La lutte sur le sable produite peu près le même effet que la lutte debout. Cet exercice dessèche cependant davantage, à cause de la poussière, et donne moins de chairs. La lutte au poignet [espèce de lutte qui consiste à se pousser main contre main ; elle préludait au pugilat) amaigrit le reste du corps en attirant les chairs vers les parties supérieures. Le coricos {exercice du sac rempli de grains ou de sable, et qu'on faisait balancer fortement pour l'arrêter ensuite avec les mains) et la gesticulation réglée {soit pour le pugilat, soit pour la danse), produisent à peu près les mêmes effets (que l'espèce précédente de lutte). La rétention du souffle rend la peau plus mince et peut chasser Thumidité qui est sous elle. »

Si Hippocrale fut le redoutable adversaire de la gymnastique pratiquée dans les palestres, c'est à cause de l'athlétisme ; il le déclarait contraire à la nature. Les exercices du corps devaient avoir pour but, à son avis, de donner aux hommes la santé, la force et la beauté ; et surtout de leur former une bonne constitution ou habitas, comme disaient les Latins. Aussi a-t-il formulé cet aphorisme : affectus atlheticus non naturalis, habitus salubris melior : « La

diathèse athlétique n'est pas naturelle ; un tempérament sain doit lui être préféré. »

Dès cette époque l'athlétisme avait fait de la gymnastique un métier; Hippocrate proposait donc qu'on fermât les palestres. «Le gymnase, dit-il, devrait être un lieu où Ton formerait au bien la jeunesse, mais voilà qu'on y enseigne à désobéir aux lois, à pratiquer l'iniquité avec une apparence de justice, à tromper, à s'approprier par la force tout ce qu'on désire ; et celui qui ne marche pas selon ces préceptes est déclaré mauvais; au contraire, on loue celui qui les observe. Là on vous démontre que le gros des hommes ne savent ce qu'ils pensent ; parmi les foules, on choisit un individu comme type à imiter et tout le reste est déclaré détestable ; beaucoup admirent, peu comprennent ce qu'ils admirent. »

La pensée maîtresse des ouvrages d'Hippocrate se révèle par l'étude constante, l'analyse approfondie qu'il fait de l'homme physique et moral dans ses rapports avec la vie extérieure.

La médecine moderne, mieux armée grâce aux recherches auxquelles elle se livre, pénètre plus profondément les particularités de la science, mais peut-être concentre-t-elle trop sa puissance d'information dans l'analyse des détails. Lorsque nous lisons les médecins grecs, ils nous apparaissent plus philosophes que nous ne le sommes ; ils comprenaient mieux la situation de Thomme dans la nature. Et quoiqu'encore enfant, la science sentait mieux alors la nécessité de mettre les phénomènes psychiques en rapport avec l'action du monde matériel.

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