MÉPRIS DU TRAVAIL MANUEL
exécutèrent bientôt d'une façon tellement plus avantageuse quantité de travaux, comme filer, tisser, coudre, tricoter les bas, confectionner les habits et même préparer les aliments, travaux dont les femmes s'occupaient autrefois dans leur maison, que l'économie domestique en fut profondément modifiée.
Puis les machines ayant besoin d'un nombre de bras toujours croissant, le travail se multipliant et devenant moins rude, les femmes virent s'ouvrir pour elles un nombre infini d'occupations, auxquelles elles ne pouvaient même pas songer auparavant.
Le gain, fruit de leurs travaux, assura leur indépendance économique, et c*est sur cette base qu'elles établirent leur liberté morale et intellectuelle.
Le grand luxe des Romains consistait à ne se servir que d'objets fabriqués chez eux: ils y mettaient leur orgueil. Cette période économique a peu duré en Amérique, tandis qu'à Rome, à la fin de l'empire, on tissait encore à la maison les étoffes qui devaient servir aux vêtements de la famille. La statue d'une matrone, qui se trouve sous le portique du: musée Capitolin en témoigne. Elle porte, en effet, à la main, une navette dont la forme rappelle exactement celle dont se servent les artisanes pour le tissage. Les femmes d'Amérique ont un mépris inné pour les basses besognes. J'ai souvent entendu les dames dire en Amérique, qu'elles considéraient comme un acte immoral de perdre son temps à faire une chose qui peut être mieux exécutée par
une machine ou être accomplisshed by a professionaL L'activité domestique d'une femme nubile n'existe pour ainsi dire plus ; et, comme elle n'a rien à faire à la maison, elle s'en va au dehors chercher un emploi de ses facultés agissantes. Les Américains travaillant plus que nous, cela rend, à conditions égales, la coopération de la femme plus recherchée.
La richesse du pays en charbon, en minerai, en pétrole, la fertilité des terres, dont de si grandes étendues sont couvertes encore de forêts vierges, donnèrent à l'industrie une impulsion dont on n'avait jamais vu Tégale. Et les Américains furent encouragés à poursuivre cette voie par une prospérité croissante. Bientôt toutes les femmes, libres de leurs mains, furent occupées dans les fabriques où Ton travaille le coton, le lin et la soie; dans les filatures, les teintureries, les sucreries, les poteries, les maisons de conserves; dans les typographies, les chapelleries, les passementeries; puis, dans les bureaux, les chemins de fer, les postes, etc. ; enfin, jusque dans l'observatoire du professeur Pickerîng, à Boston, où j'ai vu trois femmes qui occupaient des postes tenus chez nous par des suppléants.
L'Amérique est une terre si productive que sans cesse s'ouvrent chez elle de nouveaux emplois pour la femme. Telle fut la révolution économique qui s'étant accomplie rapidement par une nécessité fatale, produisit la transformation profonde que nous admirons tous, aux Etats-Unis, dans la condition de la femme.
Spencer prétend que la façon dont l'homme traite la femme, indique assez exactement dans tous les pays la puissance moyenne de ses sentiments d'altruisme. Cette affir-