‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 137 sur 200 · SCIENCE ET STÉNOGRAPHIE · texte numérisé non relu

SCIENCE ET STÉNOGRAPHIE

nir 1 adresse et de lui dire en hâte ce que Ton voulait écrire; elle prenait des notes à l'aide de la sténographie, et, peu après, vous apportait dans la salle à manger ou vous envoyait dans votre chambre les lettres faites et parfaites ; il ne restait plus qu'à les signer.

De semblables occupations, qui, au premier aspect, paraissent modernes, existaient déjà, sous d'autres formes chez les Romains, dans une civilisation qui avait évolué plus heureusement que la nôtre. Rome antique en comptait un grand nombre ; et ceux qui étudient le féminisme doivent, de toute nécessité, recourir à l'Italie qui fut la mère de tous les progrès, même en ce qui touche à la culture de la femme. On a découvert récemment à Rome une pierre mortuaire publiée par Hiilsen*; elle nous apprend qu'il y avait des femmes exerçant la profession de sténographe. Et il n'en pouvait être autrement quand on pense à la prodigieuse fécondité de certains écrivains. Galien a écrit plus de cent ouvrages, et nous savons cependant qu'il avait une énorme clien-

r tële. De plus, il passait une partie du jour à faire des

leçons dans sa clinique située là où fut plus tard construite la basilique de Constantin. Je crois que la méthode adoptée par Galien pour écrire ses livres dut se rapprocher de celle que j'ai vu employer par quelques-uns de mes collègues en Amérique. A une heure déterminée, arrive la jeune fille qui fait profession de notaire. Elle sténographie rapidement ce qu'on lui dicte et prend des notes. Le lendemain, elle revient apportant le travail du jour précédent écrit à la

I machine en caractères nets, et elle recommence à sténo-

|i 4 . Corpus inscriptionum latinarum, vol. VI, n. 33,830 ; Hapateni -^ notarié

'■ — Grecœ — quœ — vix — ann. XXV.

Mosso. 17

graphier pendant une heure. J'ai plusieurs fois assisté à ces dictées. Elles constituent une méthode expéditive qui permet aux médecins les plus occupés d'écrire des ouvrages sans grande fatigue. En les entendant dicter, Galien me revenait sans cesse à la mémoire ; seulement à son époque, au lieu de papier et de machines à écrire, on usait de tablettes enduites de cire, sur lesquelles le style courait avec rapidité.

A peine l'émancipation de la femme fut-elle à Tordre du jour, qu'on la vît marcher en avant avec une rapidité aussi hâtive que régulière. Car le travail, l'étude lui sont plus profitables qu'à l'homme.

Le travail constitue pour l'homme un remède souverain contre les douleurs de la vie, une distraction qui rend l'existence moins rude. C'est pour cette cause, qu'aux Etats- Unis des femmes belles, jeunes et riches ne se marient point. Beaucoup de célibataires, qui se consacrent aux œuvres de bienfaisance, sont considérées comme supérieures aux mères de famille, puisque, dans l'évolution de l'espèce humaine, elles peuvent se vouer tout entières au bien des autres, sans se voir diminuées, sans que leur activité soit entravée par le repos auquel l'œuvre de la propagation animale les condamnerait.

Les Clubs de femmes sont une institution essentiellement américaine. Non seulement toutes les grandes villes en possèdent plusieurs mais encore il vient de se former une confédération de ces clubs. M"° Stetson dans son nouveau livre : La femme et V économie sociale^ nous dit * : « Le mou-

1. La donna e Veconomia sociale, par Mistress Perkins Stetson, traduction de C. Pirouti, avec préface de Vernon Lee. Barbera, Florence.

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vement qui a fait naître les clubs Aq femmes est l'un des plus importants phénomènes sociologiques du siècle, ou plutôt de tous les siècles. Il guide, vers l'organisation sociale, les premiers pas hésitants des individus de notre race si profondément et depuis si longtemps dessocialisés. »

En Amérique, les jeunes filles se marient généralement plus tard que chez nous; et aucun homme ne songe à prendre femme avant de s'être créé une position. Ceci constitue un fait digne d'étude pour une foule de raisons physiologiques; et aussi parce que chez un peuple si laborieux et si pratique, il semblerait que la jeunesse dût être plus courte que chez nous ; elle est au contraire plus longue. Et la bonne fortune des Américains est justement d'avoir trouvé le secret de retarder d'un lustre l'âge d'homme.

A ce propos, je me contente d un exemple : un peuple qui prise le temps au point de lui reconnaître la même valeur qu'à l'argent, un peuple qui déclare que l'argent est tout dans la vie : ce peuple est en retard sur nous d'une façon assez notable, pour la pratique des professions. En Italie, bien que l'étude de la médecine demande six années, presque tous les jeunes gens conquièrent le doctorat à vingt quatre ans, et beaucoup à vingt-trois et même à vingt-deux. En Amérique, oîi les mêmes études ne prennent que quatre années, les étudiants ne sontdocteurs que vers vingt-six ans ; et ils doivent ensuite faire encore une année d'études pratiques. Ils n'entrent donc dans la carrière que vers vingt-sept ans, c'est-à-dire avec un retard de trois ans sur les Italiens.

Toutes les femmes ne peuvent pas se marier, le fait est reconnu, il est donc bon qu'on leur prépare une condition

sociale acceptable. A ce point de vue, les occasions et les sources de gain sont plus nombreuses en Amérique que partout ailleurs. Les grands magasins n'emploient que des femmes ; dans les hôtels, et spécialement dans ceux des villes d'eaux et des lieux de villégiature, tout le service est fait par des femmes. Aux guichets des banques, apparaît souvent le beau visage d'une jeune Américaine qui compte si rapidement les dollars, qu'en ces occurences je me faisais reconnaître immédiatement pour un homme du vieux monde, tant j'apportais de lenteur à la même opération.

En Amérique, les filles de bonne famille elles-mêmes, pour se faire une position, apprennent le dessin et se livrent à la peinture. Quelques-unes s'occupent d'art décoratif, d'autres peignent des meubles. J'ai connu deux demoiselles qui étudiaient l'architecture. L'une d'elles avait été déjà en Italie; l'autre voulait y venir. L'évolution qui se produit dans le mobilier, le luxe actuel des décorations, des tapisseries, des broderies, des tentures ouvre à l'activité et aux capacités des femmes intelligentes un champ nouveau. Jamp-is les femmes ne se livrent à des travaux plus humbles. Pour ceux-ci, il y a les nègres, les Chinois et les émîgrants les plus besogneux, qui demandent du travail pour apaiser leur faim.

La grande considération dont jouit la femme en Amérique transparaît partout et en toute occasion, dans la manière dont les hommes l'approchent et lui parlent. Nous, les hommes, nous traitons presque toujours la femme comme

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