RÉPRESSION DES INSTINCTS
tuel qui la distraie de la mission essentielle qu'elle aura à remplir jusqu'à ce que vienne le moment où devra s'accomplir sa destinée de mère.
La solution de ce problème dépend de l'éducation et du milieu seuls ; il n'a rien àfaire avec la race. J'ai déclaré ceci dans mon livre sur l'Amérique. En parlant des habitants du Canada de race purement française; j'ai montré qu'ils multiplient prodigieusement *.
Quant à la jeunesse américaine, je me suis convaincu en l'étudiant que l'on peut comparer ce qui se passe pendant l'adolescence de Thomme à ce que nous voyons arriver au printemps : les arbres donnent d'autant plus de fruits que le froid a retardé plus longtemps l'éclosion de leurs fleurs. Les Américains savent réprimer les instincts, et ils retardent la floraison de l'amour. Marc-Aurèle dit dans ses Pe/is^cs que les dieux lui avaient accordé une faveur, celle de sauvegarder sa jeunesse ; de ne le faire homme qu'à l'époque normale, et même un peu plus tard.
Si nous pouvions transporter le peuple américain en Italie, même en conservant notre climat, nous aurions une société bien différente de la nôtre. Car, avec un grain de raison et de bonnes mœurs, le mauvais exemple et la partie la plus avariée de la littérature resteraient immergés au fond de l'eau, tandis que sans ce grain de vertu, le gros de la sensualité s'élève comme une écume légère jusqu'à la surface de cette eau.
Le travail constitue un dérivatif lorsqu'il est intense; c'est comme un canal où se dégorge l'excès de la vitalité.
1. A. J^fosso : La démoci'azia nella religionee nella scienza. Milan, 1901, chap. VII.
La grande aclivité est une distraction qui modifie la nature. J'ai connu une jeune fille qui parlait très bien Titalien sans être jamais sortie d'Amérique-. Elle avait le tempérament d'une méridionale ; possédait des yeux vifs et profonds, des tresses noires ; elle adorait l'art. Je causais volontiers avec elle et notre conversation était quelquefois très intime. • Un jour, pour savoir si son âme aussi était latine, je lui demandai vers quel idéal elle dirigeait sa vie. Comme conséquence de la causerie dans laquelle nous étions engagés, je croyais qu'elle allait me répondre, tout simplement, qu'elle désirait une famille et une demeure à elle; elle me dit au contraire que ridéal de sa vie était le travail, non plus le travail pour elle seule, mais bien le travail pour un autre ; pour quelqu'un qui l'aimerait, et dont elle pourrait récompenser l'amour par un labeur encore plus assidu et plus fécond.
J'ai parlé de nos longues discussions avec mon ami pessimiste de New- York, alors qu'il se travaillait pour me convaincre que la prépondérance de la femme aux Etats-Unis n'était qu'un fruit de l'industrialisme. Je me souviens de ses hochements de tête lorsque je l'entretenais des Romains ou de la Renaissance ; lorsque je lui recommandais de lire La science nouvelle de Vico, oîi se trouve, en puissance, la matière de nos études sociales les plus modernes.
Il existe une seule notable différence entre le développement en richesse et en civilisation de la vieille Rome, et de l'Amérique ; il se trouve dans la rapidité beaucoup plus grande avec laquelle ont pu s'accumuler de puissantes