FEMMES GYMNASTES
déshonorer ces armes sacrées ; de ne jamais abandonner mon poste pendant le combat. Seul ou en compagnie de tous, je combattrai pour les dieux et pour mon foyer. En mourant, je laisserai ma patrie, non pas diminuée, mais plus forte et plus puissante. J'accomplirai les ordres que, dans leur prudence, les magistrats voudront bien me donner. Je serai soumis aux lois, non seulement aux lois aujourd'hui en vigueur, mais encore à celles qui pourront être décrétées par le peuple. Si quelqu'un refuse d'obéir à ces lois, si quelqu'un veut les détruire, je m'y opposerai et je combattrai pour elles, seul ou en compagnie de tous*. »
Pour ceux qui étudient l'histoire de la civilisation chez tous les peuples, l'éducation physique de la femme peut servir comme de thermomètre pour déterminer la température sous laquelle évolue l'éducation intellectuelle. Aux temps de barbarie, quand la civilisation est encore à l'état rudimentaire, aux mâles seuls appartiennent le privilège de l'éducation physique, et plus tard ce bienfait de la culture physique s'étend même à la femme. En Grèce, aux époques classiques, les exercices féminins comprenaient la lutte, la course, le lancement du disque et du javelot, le saut, et, avant tout, le jeu de paume sous ses formes diverses, et avec des balles de diverses dimensions. AElée, les jeunes filles victorieuses aux jeux avaient le droit de faire ériger leur statue dans le, temple de Junon.
i. s. Reinach : Traité d*épigraphie grecque. Paris, 1885, p. 410.
Lorsque les Anciens nous parlent d'amour platonique, nous ne devons pas oublier que Platon engageait les femmes à s'exercer au jet du javelot qui était rexercice favori des héros d'Homère.
Dans sa Lysistrata^ Aristophane met en scène une femme de Sparte, robuste et bien nourrie, qui, devant l'admiration de plusieurs vieillards athéniens, s'écrie : « Mais, je suis gymnaste ! » Ces paroles nous font comprendre ce que les Athéniens pensaient de la gymnastique au point de vue des formes et de l'esthétique de la femme.
Homère nous montre * une fille de roi jouant à la paume avec ses compagnes sur les bords de la mer ; et toutes chantent. Le jeu de paume, nous le savons, était l'un des plus répandus ; les médecins en recommandaient si fréquemment l'usage, que la balle devint l'un des emblèmes de Tart de guérir et lui servit souvent de symbole sur les cippes et les pierres funéraires.
Le jeu de paume, conduit sur un rythme musical, a été remis en honneur, mais je ne l'ai vu pratiquer que dans certains gymnases d'Angleterre et d'Amérique.
L'enthousiasme des femmes grecques à l'endroit de l'éducation physique nous apparaît dans l'histoire de Kallipathérie que nous conte Pausanias. Il était interdit, sous peine de mort, aux femmes d'assister aux jeux olympiques. Vêtue en homme, se donnant pour gymnaste, celle-ci se présenta avec son fils qu'elle préparait aux luttes par des exercices constants. Son sexe ayant été découvert, elle devait être précipitée du haut de la montagne qui domine la ville d'Olym-