PREMIERS JEUX ITALIQUES
lutte, d'autres y courent à cheval. Et dans un angle de la scène, au milieu des athlètes, on aperçoit un singe lié par une chaîne aux branches d'un arbre. Ces fresqnes, datant du v'' siècle avant notre ère, nous représentent la première invasion de Tagonislique grecque parmi les peuples italiques, et il semble qu'elle soit déjà un élément de leur vie nationale. Le public n'est représenté que par une femme. Elle se drappe dans un manteau rouge et se tient assise à Tombre d'un parasol qui ressemble exactement à ceux dont nous nous servons aujourd'hui.
Ces femmes étrusques, aux grands yeux fendus en amande et demi-clos sous leurs longues paupières, ont une importance significative pour l'histoire du féminisme. Jamais les Grecs ne se seraient servis d'une femme pour représenter la foule assistant aux jeux. Donc, dès ses plus lointaines origines, l'esprit de la civilisation italienne apparaît dans cet hommage rendu à la femme. A Corneto, la tombe dite du « lit funéraire », représente d'autres jeux et des biges qui courent attelés de chevaux d'un merveilleux dessin et rappelant par leurs formes les pur-sang arabes. Une autre tombe — toujours à Corneto — nous offre l'un des plus anciens témoignages qu'il soit, touchant l'histoire de la chasse et du canotage. Quant aux funérailles, les survivants pensaient qu'aucun spectacle ne pouvait être plus agréable à leurs morts que celui de jeux de chasses et de combats semblables à ceux auxquels ils prenaient part pendant leur vie. Et nous, nous pouvons voir aujourd'hui de quelle façon ils y lançaient le disque, comment ils y pratiquaient la lutte et le pentathle intégral. Les artistes décoVaient ces tombes à la détrempe avec des couleurs vives qui sont encore merveil-
leusement fraîches aujourd'hui; ils indiquaient les contours de leurs dessins par des incises profondes faites dans le marbre, largile ou la chaux qui recouvraient leurs parois. Ce furent les prêtres étrusques qui, pour honorer soleflnellement les dieux, mirent en vogue les jeux gymniques. Priés par les Romains de leur révéler la cause des maux qui affligeaient leur ville, les Aruspices d'Etrurie leur répondirent « qu'ils avaient négligé les jeux en Thonneur des immortels »,
L'eurythmie dans les formes, la souplesse, Tagilité, et, avant tout, la résistance à la fatigue et Tendurance de l'organisme, telles étaient les visées supérieures de l'éducation chez les Grecs. Ils attachaient une bien moindre importance que nous à la culture intellectuelle, à la philosophie, comme ils la nommaient. Cela nous apparaît, lorsque nous lisons la Politique d'Aristote, où il déclare que les exercices fatigants doivent être mis en pratique, trois ans seulement après la puberté, et une fois les études finies, ce qui est précisément l'inverse de ce que nous pratiquons. Et Aristote insiste en faisant observer que le courage et le durcissement de la fibre, fruits de l'éducation physique, font acquérir à l'homme plus de force et plus de résistance au travail.
L'art de la gymnastique menait le corps humain à sa perfection, améliorait ses fonctions et modiflait sa structure sans exagérer le développement de ses muscles. L'idéal pour les Grecs se résumait dans ce désir que les hommes fussent beaux et sains. Lorsqu'on lit les odes où Pindare vouait à