ZEUXIS A CROTONE
rimmortalité les noms des vainqueurs aux jeux, on comprend mieux la grandeur des Hellènes, on voit quelle fut leur admiration pour Télégance des attitudes, la noblesse des mouvements, et une vigueur que rien ne lassait.
Mais le développement anormal des muscles chez les athlètes était absolument contraire à leur idéal esthétique. On tend aujourd'hui à produire ce développement par une gymnastique pratiquée àlaide d'haltères ouautres engins, et, dans les cirques, il provoque Tadmiration des spectateurs qui le considèrent comme un signe de force. Quand les artistes grecs voulurent représenter ce développement exubéranl des muscles dans Thercule Farnèse du musée de Naples, par exemple, et dans d'autres statues célèbres, ils donnèrent aux héros une attitude lasse, comme si Teffort accompli eût tari leur force.
\ Lors de la visite du peintre Zeuxîs, à Crotone, pour réaliser son désir de connaître la plus belle chose que possédât leur ville, les Crotoniates le conduisirent à la palestre oîi jouaient les. jeunes gens. La beauté de leur corps et la grâce de leurs exercices le frappèrent si profondément, qu'il pria qu'on lui laissât étudier les sœurs de ces adolescents, avant de peindre sa Vénus; et ce tableau passe pour avoir été le plus admirable des chefs-d'œuvre antiques. Quatre jeunes filles de Crotone posèrent aussi pour une autre œuvre du peintre, V « Hélène au bain ». Ces exemples prouvent combien fut haut le concept de la beauté chez les artistes grecs; travaillant d'après nature, ils ne se contentaient cependant jamais d'un seul modèle.
V De notables dissemblances existent entre les formes actuelles de Thomme et celles que nous montrent les statues
grecques ; ces dissemblances, nous pouvons les caractériser ainsi : jambes trop courtes, poitrine manquant d*ampleur, cou trop peu sphérique, épaules trop tombantes.
La rapide excursion que nous venons de tenter dans Thistoire ancienne, nous a fait reconnaître que notre système éducatif se trouve en opposition complète avec celui des Grecs ; chez noiis^ on fait tout pour le cerveau^ rien pour le corps. Retournons donc aux nobles conceptions des Italiote'S et des Sicules, à l'époque où le culte qu'ils professaient pour la beauté et la perfection plastiques parvînt au plus haut degré de son développement. Hérodote^ nous parle d'un vainqueur aux jeux olympiques, si beau, si brave et d'une intelligence tellement supérieure, que les habitants de la Sicile l'adorèrent comme un dieu. Us ornèrent sa tombe de statues héroïques, et ils venaient y sacrifier en souvenir du plus admirable et du plus intrépide des hommes.
Lorsque la splendeur de ces temps antiques renaîtra sur les rivages de la mer Méditerranée, quand le commerce et ragricullure revivront leur vie intense d'autrefois, alors ressusciteront aussi les conceptions idéales et la religion de la force et de la beauté! Notre doux ciel, notre terre qui redevient féconde, et la renaissante jeunesse du peuple italien me donnent foi dans l'avenir.