‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 55 sur 200 · DISCUSSIONS FRANÇAISES · texte numérisé non relu

DISCUSSIONS FRANÇAISES

alors que nous sommes vraiment à Tarrière-garde des nations civilisées et qu'aucun rapport officiel, aucune enquête, aucun travail touchant la gymnastique, imprimé ou encouragé par le ministère en question, ne se hausse au-dessus du médiocre. Du reste il n'en est pas un seul qui, même par les spécialistes, soit connu à l'étranger

La France nous laisse bien loin derrière elle en cet ordre de choses, quoique le système militaire sévisse dans son enseignement physique. Les livres ou les mémoires écrits par Demény, Tissié et Lagrange à leur retour de missions ou de voyages à l'étranger ; les rapports que diverses commissions ont fait publier sous la direction de Marey, seront sans cesse consultés et étudiés par tous ceux qui s'occupent d'éducation physique.

En Amérique, en Suisse, en Allemagne, les travaux consciencieux abondent aussi, touchant les écoles, les conditions hygiéniques oîi se trouve la jeunesse, les mesures anthropométriques, la statistique des sports ; nous seuls, ne possédons rien.

L'Académie des sciences morales de Paris fut la première qui poussa un cri d'alarme à propos de la réforme de l'éducation ; et les discussions qui occupèrent l'Académie de médecine de Paris en 1887, resteront célèbres dans les annales de l'histoire de la pédagogie et de la gymnastique. Entre autres vœux, elle émit celui que les lycées et collèges soient installés hors de Paris; que de nouveaux locaux soient construits en pleine campagne et au milieu de grands espaces ensoleillés pour les récréations et les exercices physiques des jeunes gens; enfin que ces exercices soient, pour chaque classe, inscrits aux horaires de chaque jour.

Ni le parlement, ni aucune de nos académies n'ont pris chez nous l'initiative d'aborder ce grand problème social. Quelques ministres. Villari, Codronchi, Martini, Gallo, par exemple, eurent, il est vrai, la claire intuition de ce qu'il y avait à faire. Us comprirent que puisque tout avait évolué, les nouvelles conditions sociales appelaient une marche en avant dans l'éducation. Mais, hélas ! le temps leur manqua pour effectuer les réformes qu'ils avaient conçues ; et les travaux des commissions chargées de les préparer sont restés ignorés sans avoir jamais eu les honneurs de Timpression. L'homme qui étudie l'éducation physique professée dans les écoles voit, non sans regret, que loin d'être restée simplement stationnaire, elle est en pleine décadence. Lorsque l'enthousiasme né des luttes qui fondèrent Tunité de la patries'affaissa, la gymnastique tomba avec lui. Comme pour tout organisme vivant, Taction enrayée, la cristallisation fut le signal de la mort.

YIII

Les objets grandissent lorsqu'on les regarde au microscope; mais le champ d'observation devient d'autant plus limité qu'ils croissent davantage. Si je censure le gouvernement à propos de l'éducation physique, je n'en admire pas moins les immenses progrès accomplis par l'Italie, tant au point de vue de la culture en général, qu'à celui des sciences expérimentales en particulier. Le peuple italien a donné un grand spectacle en construisant les édifices et en renouvelant le matériel que réclamaient ses universités. L'énei*gie qu'il a marquée, les efforts qu'il a su faire au milieu de cruels ^m-

barras financiers et de désastres sans nombre, ont dû frapper les nations. Et je voudrais qu'elles aimassent notre pays qui se relève, avec une vitalité si puissante, des ruines du passé. Il ne faut donc pas qu'on s'étonne trop si, au milieu de ces grands sacrifices, il n'a pu réorganiser encore certains services en souffrance, et notamment celui de l'éducation physique.

Quand on considère TUniversité, et qu'on y voit croître, sans cesse, le nombre des professeurs et des chargés de cours, on ne peut s'empêcher de craindre que notre développement intellectuel soit un peu excessif. Le dédoublement continuel des chaires, dans les diverses branches spéciales de l'enseignement, commence à faire naître aussi de l'inquiétude. On se demande si les professeurs capables ne manqueront pas pour occuper honorablement tous ces nouveaux postes. Par exemple, au milieu de la profusion de ces dépenses, il faut s'étonner qu'on n'ait pas su trouver quelques milliers de livres pour fonder les écoles d'éducation physique qui sont si nécessaires.

Il existe quelque chose d'étrange en Italie. Nous y possédons deux écoles normales pour les professeurs-femmes, et une seule pour les professeurs-hommes. Et les trois écoles de Rome, de Naples et de Turin sont inscrites au budget pour une somme de 26,235 francs, qui doit faire face à l'entretien des professeurs et à celui du matériel. Il va sans dire que cette somme est, du tout au tout, inférieure aux besoins de ces institutions. Une contradiction marquée, entre les paroles et les actes, apparut chez nous en 1878, en matière d'éducation physique. Le décret même promulguant la loi qui rendait celle-ci obligatoire fermait l'Ecole normale de Mosso. î î ....•.:• *: 1

Turin où Ton préparait les professeurs de gymnastique. Et ce fut seulement en 1884 que celle de Rome ouvrit ses portes. Il y eut là deux fautes graves commises. Avoir énoncé la première suffit. On comprend mal, en effet, pourquoi Ton ferma notre unique école d'éducation physique au moment même où former de bons professeurs devenait une nécessité urgente. Quant à la seconde, je rappellerai que TAUemagne possède à Berlin, Leipsik, Stuttgard et Dresde, quatre écoles destinées à préparer au professorat de gymnastique. Car, enfin, est-il juste qu'un pauvre homme désirant devenir professeur d'agonistique, et s'en reconnaissant les aptitudes, soit obligé d'aller faire ses études à Rome, alors qu il est de Palerme ou de Suse? De plus, les dépenses qu'entraînent les études d'un professeur de gymnastique ne sont vraiment pas proportionnées aux avantages que l'obtention de ce poste peut lui faire espérer.

Un maître de gymnastique est une marchandise qui doit porter l'estampille de TEtat. Bien que dédaignée par plus d'un, cette denrée, pour emprunter le langage commercial, est fort rare sur le marché, et sa production se trouve de beaucoup inférieure aux besoins de la consommation.

Ce fait est exacl, même quant aux nations les plus avancées, comme l'Allemagne et les Etats-Unis. Du reste, la profession de maître de gymnastique étant peu lucrative, et les satisfactions qu'elle promet peu appréciables, le nombre de ces fonctionnaires demeurera toujours et partout en déficit.

Si Tun de nos ministres venait à déclarer que l'administration des postes ou celle des télégraphes manquent de fonctionnaires, on prendrait sur-le-champ des mesures pour

Page 1