INCONVÉNIENTS DE L'ATHLÉTISME
poussée à l'extrême est dangereuse, non seulement au point de vue du cœur, mais aussi pour le système nerveux. On parle beaucoup des neurasthéniques, c'est-à-dire des tempéraments qui souffrent de la facilité avec laquelle tarit chez eux la force nerveuse. Les Grecs anciens ignoraient ce mot, mais ils savaient que la pratique de Tathlétisme cause à la longue un épuisement du système nerveux.
Alcibiade, Epaminondas, Philopœmen, et beaucoup d'autres grands hommes ont été les adversaires des écoles athlétiques. Elien nous conte qu'un athlète de Crotone fut pris d'un accès, de folie au moment de recevoir la couronne aux jeux olympiques.
Et Gallien affirme, d'accord en cela avec un grand nombre d'autres médecins, que les athlètes, à cause des efforts continuels qu'ils sont obligés de faire, souffrent souvent du mal caduc. Le même Gallien a marqué au fer rouge le front de l'athlétisme en l'appelant xaxoTsyvia, c'est-à-dire art dangereux.
On indique sur les chaudières à vapeur la pression à laquelle on peut les soumettre. Les ingénieurs savent ce qu'ils peuvent demander d'activité à chaque machine sans risquer de la perdre. Il en est de même pour notre organisme. Il ne peut, sans danger, dépasser certaines limites dans Teffort. Si nous voulons obtenir une production plus importante d'énergie, il faut recourir à l'entraînement: Nous devons habituer, peu à peu, nos organes à fonctionner sous des pressions plus puissantes du sang, et au moyen du système nerveux obtenir des muscles un plus grand rendement de force.
Un entraînement mal dirigé, des efforts excessifs peuvent
devenir fatals. Ils risquent de produire dans la circulation et le système nerveux des troubles irréparables. Le soulèvement des poids, les exercices des annneaux et du trapèze, que les physiologistes jugent les moins recommandables, sont, au contraire, ceux qui dans les cirques excitent le plus d'admiration dans la foule. Elle s'enthousiasme toujours à la vue des prodiges de force qu'accomplissent les athlètes.
Ferdinand Lagrange est de tous les écrivains modernes celui qui contribua le plus efficacement à faire comprendre la nocivité des concours de gymnastique. Il analysa, dans leur essence, avec une magistrale compétence physiologique, les exercices que Ton exécute à Taide des agrès. Et il a prouvé qu'ils déforment le corps humain. Son livre, imprimé en 1888*, marque une date mémorable dans l'histoire de l'éducation physique.
Les concours de gymnastique, tels qu'on les comprend à notre époque, sont destinés à disparaître. Les exercices qu'ils montrent au peuple ne permettent pas à celui-ci de se former un concept noble, élevé et exact de Tagonistique. Les Suédois nous proposent un exemple que nous devons suivre. Leur gymnastique est telle, que chacun peut y prendre part suivant ses forces, et cette gymnastique ne préconise pas un seul mouvement qui n'ait sa raison d'être physiologique. La gymnastique est simplement un moyen
1. Ferdinand Lagrange : Physiologie des exercices du corps. Paris, F. Alcan, 1888. — L'hygiène de Vexercice. Paris, F. Alcan, 1890.