GYMNASTIQUE SUÉDOISE
pour atteindre un but. Hé bien! dans nos concours de gymnastique, le vrai but n'est-il pas de donner un spectacle au peuple? Or, les exercices gymniques doivent, au contraire, être exécutés pour le bien de chacun et ce bien varie suivant Tindividu. Les mouvements exagérés et les mouvements fatigants qui consument rapidement les forces de Torganisme, sont évités avec grand soin dans la gymnastique suédoise. La tournure, le port des gymnastes suédois est admirable. Eux seuls possèdent, d'une façon absolue, la science de perfectionner les formes à Taide d'exercices très peu compliqués. Leur école surpasse toutes les autres tant au point de vue de Thygiène qu'à celui de l'esthétique.
Mettre en vogue des exercices où peu d'élèves parviennent à exceller, tel est l'un des inconvénients des concours athlétiques ; et comme conséquence, il arrive que les autres jeunes gens se découragent et ne font plus rien. Très peu de personnes, en voyant le champ où doit avoir lieu un grand concours international de gymnastique, se disent que sur dix mille jeunes hommes qui pourraient y prendre part, à peine un seul est présent. J'ai fait ce calcul en Haute-Italie lors des derniers concours de gymnastique, en ne tenant compte que des provinces limitrophes. En Italie méridionale, le nombre de ceux qui s'occupent de gymnastique, est encore moins élevé. Une si minime représentation de la jeunesse aux concours de gymnastique, prouve que leur utilité est médiocre pour ne pas dire illusoire.
Et si un jeune homme seulement, sur 10.000, se présente pour prendre part à ces concours, il faut que nous abaissions le diapason de l'athlétisme en faveur des 9.999 qui demeurent chez eux. 11 faut également que TEtat et les
citoyens prennent sans retard souci d'améliorer la constitution des êtres débiles qui forment la grande majorité du peuple. Quant à ceux que la nature a faits pour remporter les couronnes de laurier, ils arriveront, même sans notre aide, à mettre leurs qualités en relief par le moyen des sociétés sportives.
En matière d'éducation physique, comme en matière d'éducation intellectuelle, il arrive que les grandes intelligences, les hommes d'une exceptionnelle capacité, n'ont pas besoin de maîtres. Après avoir séjourné dans un collège de Cambridge, Bacon le quitta avec le profond dégoût des études qu'il y avait faites; et il resta convaincu que l'instruction reçue de ses maîtres lui avait été de tous points inutile.
Les anciens professaient un si grand mépris pour les athlètes que Philippe de Macédoine, suivant Plutarque, comparait les discours de Démoslhènes à des guerriers, et ceux d'Isocrate, qu'il jugeait sans vertu, à des athlètes. Or, l'expérience des Grecs, en ce qui regarde l'éducation physique, dépasse la nôtre, nous devons donc tenir compte de leur jugement au point de vue des concours gymnastiques. En tout cas, ces concours sont inconnus dans les pays où l'agonistique est la plus florissante. Ceci s'explique : les exercices gymniques doivent être pratiqués en tant qu'utiles, et non parce qu'ils peuvent servir à remporter des prix, à mériter une distinction ou à servir de spectacle; ce point de vue, du reste, est le moins admissible de tous. Qui eut jamais l'idée