EXERCICES RIDICULES
d'organiser des concours entre les gens qui s'occupent d'études intellectuelles? On me rappellera les concours d'honneur du Capitole; mais ils n'existent plus, et parmi ceux qui y remportèrent le prix, beaucoup ont fait triste figure dans le monde de l'intelligence. 11 en est ainsi pour les athlètes. Certains devenus célèbres pour leurs records et leurs victoires dans les concours, baissent peu à peu, s'épuisent et disparaissent.
Lorsque, dans les concours de gymnastique je vois défiler des équipes portant des enseignes et des bannières semblables à celles des confréries, et toutes scintillantes de médailles, lorsque passent des files de jeunes gens, musique en tète, panaches aux chapeaux, des cornes d'abondance et autres emblèmes à l'épaule, il me semble assister à quelque fête de sauvages. Mais lorsque j'aperçois ensuite un grand nombre de jeunes hommes en ligne, s'inclinant avec une patience appliquée, se contorsionnant à droite et à gauche, avec des gestes étranges, et exécutant tous ces mouvements au signal donné par un cor, le spectacle devient puéril. Tous plient la tête, lèvent ou étendent un bras, puis l'autre; tous font un pas en avant, puis en arrière, pivotent sur euxmêmes, s'asseyent sur leurs talons et ensuite battent la terre des pieds suivant les indications du gymnasiarque qui les domine, accroché tout au haut d'une échelle. Ceci n'est plus de la gymnastique, mais bien un exercice chorégraphique, absolument inutile. Et, en effet, le synchronisme des mouvements chez mille personnes est-il jamais demandé dans la vie? Et quels sont ces mouvements? Les plus banals; ceux que chacun fait à chaque minute. Aussi, se demande-t-on pourquoi il faut les exécuter avec une solen-
nité si grande en ce jour de fête. Il semble que leur but soit d'imiter quelque colossale machine bonne à divertir les bambins. La foule applaudit cependant; mais c'est justement parce qu'elle se plaît à ces spectacles, que nous devons les croire mauvais.
Pour se rendre un compte exact de la valeur d'un exercice gymnique, il suffit de se demander :
Est-il utile?
Poursuit-il un but physiologique?
L'organisme y trouvera-t-il du bénéfice ?
La pierre de touche, qui peut, en cette matière, séparer l'or pur de l'or falsifié, est contenue dans cette maxime de Platon : La gymnastique est la partie salutaire de la médecine^; elle doit être appliquée 5 tous les exercices gymnastiques.
1. Platon : Salubrem medicinœ parlem gymnasUcam dixit. — Galeni : Ars tuendae sanitalis.