‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 65 sur 200 · SCIENCE ET PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

SCIENCE ET PHILOSOPHIE

source qui surgît avec impétuosité d'un massif de roches; elle évoque plutôt l'image d'un fleuve tranquille où s unissent et se confondent mille ruisseaux. Et, parmi ces ruisseaux innombrables, règne le majestueux courant descendu des monts de la Grèce; courant limpide qui surabondera toujours et fécondera la terre.

Le peuple grec qui a possédé la culture la plus large et la plus originale, le peuple grec, si merveilleusement fécond dans les sciences et dans les arts, étudia passionnéçient le problème de l'éducation de la jeunesse. Sa connaissance de rhomme physique fut si complète et si profonde, que son œuvre sera méditée par tous ceux qui essaieront d'améliorer le corps et Tesprit. Si la physiologie prétend vivre éloignée des sciences expérimentales, elle demeurera stationnaire. 11 nous faut rajeunir la science, et transplanter la philosophie dans ce terrain, où elle donna ses premiers fruits. Ce fut une grande erreur de croire que la culture littéraire était une condition indispensable au développement de la pensée philosophique. Les grands problèmes de la philosophie contemporaine relèvent au contraire de la science; et toutes les doctrines philosophiques prennent leur source dans l'étude de la nature. Le nombre des philosophes qui, à notre époque, sont sortis des rangs des mathématiciens et des physiciens, qui ont fait des stages dans les laboratoires de chimie, dans les amphithéâtres d anatomie, dans les musées anthropologiques, les salles d'archives et les observatoires, ce nombre est légion. Aussi les préjugés qui existaient contre la philosophie se dissipentils ; et beaucoup ont cessé de la croire une science à jamais figée.

it8 L*ART ET L'ÉDUCATION

Quant à la pédagogie, elle aura une action déplorable sur l'éducation, si elle ne vit que du passé, si elle ne prend point contact avec les besoins de la vie sociale actuelle. La philosophie est une science qui comprend tout, une science synthétique : elle englobe la connaissance des lois et des causes profondes qui gouvernent le monde matériel, le monde moral et le monde intellectuel ; et comme elle, l'homme est un être synthétique, un microcosme. Montaigne Ta dit : « en éducation ce n'est pas une âme, ce n'est pas un corps qu'on dresse ; c'est un homme. »

La biologie à laquelle Spencer consacra son existence pénètre avec difficulté dans les écoles où elle renouvellerait la pensée philosophique. Nous négligeons si absolument l'éLude de la nature physique de l'homme que nous n'avons même pas de chaires de psychologie expérimentale. Or, en Amérique, ces chaires sont de fondation dans toutes les facultés de philosophie, The making of citizen (l'art de former les citoyens), telle est la formule qui fascine, en ce pays, toutes les classes de la société. Cet art, on Tétudie fort peu chez nous, et le gouvernement ne s'y intéresse guère. Aussi la pédagogie y est-elle languissante, alors qu'elle fleurit et se développe, de plus en plus, là-bas. Les résultats obtenus par les Américains, grâce à leur nouvelle orientation de la pédagogie, sont si notables, qu'ils ne peuvent comprendre comment nous supportons, dans nos écoles, des professeurs enseignant la philosophie sans connaître la biologie et la psychologie expérimentales. Et

Page 1