ALLEMAGNE ET ANGLETERRE
dix années, dans l'esprit des classes qui dirigent L'opinion publique en Angleterre. Tout le monde actuellement s'y accorde à croire que la domination matérielle des mers {sea power)^ ne peut être assurée que par la domination de rintelligence [bi^ain-power) ,
En comparant TAllemagne à l'Angleterre, nous voyons que les Allemands font une plus grande place, dans leurs écoles, aux connaissances et à Térudition qu'aux sports, ceux-ci leur paraissant avoir une importaqce beaucoup moindre. Mais les Anglais, les Américains du Nord, et ces mêmes Allemands savent susciter dans leurs 'universités, dans leurs écoles et dans leurs collèges un esprit de corps, une solidarité et une vie politique absolument inconnues en France et en Italie. L'éducation physique, qui a été enfermée jusqu'à présent dans l'école, ne se développera que lorsque l'instruction et le bien-être des citoyens transformeront les habitudes de leur vie (cela s'est déjà produit en Angleterre et en Amérique), ou qu'ils obligeront l'Etat à organiser l'enseignement de façon à ce qu'il s'adapte mieux à l'aclivité croissante du peuple ; et c'est ce qui se passera pins que probablement en France et en Italie, où l'initiative privée est moins vivace.
Il y a là matière à études importantes. Et celles-ci nous feraient comprendre pourquoi la pédagogie est si diversement entendue par les nations qui se disputent aujourd'hui le premier rang. Si l'Angleterre a précédé les autres peuples dans cette voie, elle le doit aux bienfaits d'une révolution pacifique. Dès 1688, grâce à cette révolution, ce pays a senti que l'élément populaire ne devait pas être anihilé par l'élément monarchique, et qu'on devait même le laisser se
développer librement et prendre le pouvoir. Ainsi préservés des désordres qui troublèrent l'Europe, les Anglais en devinrent rapidement le peuple le plus policé et le plus opulent. La philosophie positive, cultivée avec amour en Angleterre, y renouvela bientôt les méthodes scientifiques. En môme temps, la doctrine de l'évolution, appliquée à toutes les branches de la connaissance, démontrait que les vieilles classifications n'étaient que des concepts subjectifs, auxquels ne correspondait, dans la nature, aucune délimitation absolue. La comparaison que l'on fit entre les fonctions corporelles et les fonctions mentales qui se produisent parallèlement dans les divers ordres d'organismes, démontra, qu'il <îxiste entre eux une communauté de processus. Et de là naquirent deux nouvelles sciences : la physiologie générale €t la psychologie générale.
Lorsque la théorie du développement des êtres organiques a pris pour base le principe de la continuité, c'està-dire, quand on eut admis que la nature agit en un mode uniforme, et que sous les multiples processus, par où s'explique la vie, ce sont toujours les mêmes forces qui fonctionnent sur toute la chaine des êtres ; alors, l'objet des études fut simplifié ; alors aussi un grand nombre de phénomènes, jusque-là obscurs, s'expliquèrent. Le jour où Ton rapprocha l'évolution intellectuelle des normes de l'évolution générale, ce jour-là une nouvelle période s'ouvrit dans l'histoire de la pensée philosophique.
La physiologie générale et la psychologie générale sont les plus jeunes des sciences ; et les physiologistes et les philosophes s'en occupent ensemble. Mais les progrès sont lents. Depuis qu'Herbert Spencer a publié ses deux volumes :