REFORMES SCOLAIRES
ont SU, peu à peu, se faire accorder des récréations plus fréquentes. Les habitudes de la vie monastique, en faisant prédominer la culture de l'esprit sur celle du corps, y avaient eu, au point de vue de la santé, une influence néfaste sur le développement de la jeunesse. La société moderne, avec son surmenage, vint aggraver encore le système éducatif né des idées claustrales. C'est vers l'époque de la guerre de Crimée que la jeunesse commença à se rebeller en Angleterre contre les vieilles méthodes pédagogiques. Et maintenant les professeurs et les directeurs de collège sont les premiers à donner l'exemple de la passion pour les jeux et les sports. Une part si large est faite à la liberté, au grand air et au soleil, dans les horaires des collèges anglais, qu'un écrivain d'Amérique a pu dire : « Les écoles anglaises sont spécialement destinées à servir de nurseries aux jeux nationaux *. »
Rien n'est plus contraire à la nature que de tenir trois ou quatre heures de suite des enfants immobiles sur les bancs d'une école en leur prescrivant de réfléchir. Le besoin de mouvement est chez eux presque irrésistible. Les distractions seules peuvent leur rendre acceptables l'esclavage où on les tient, et la vie d'inexorable discipline par laquelle on s'ingénie à tirer le plus de substance possible de leur cerveau.
« 1. « The Ënglish public schools are peculiarly adapted to serTe as the nurseries of national pastimes. » Hartwell : The principal Types ofphysical Training compared.
Tous les animaux jouent : le jeu est chez eux un instincL Ces temps derniers, Charles Groos a écrit un très intéressant ouvrage sur les jeux des animaux ; et il prouve qu ils constituent pour eux un besoin de nature ^ Nous ne saurions expliquer pourquoi les amusements qui avaient un si grand attrait pour nous lorsque npus étions enfants perdent de leur charme avec Tâge. C'est une condition physiologique qui agit aussi sur les animaux. Les mouvements joyeux auxquels ils se livrent n'ont pas d'autre but que d'exercer la force de leurs, muscles, et leur agilité à la course ou au vol. Schiller s'est inspiré de la beauté de cette force dans ses lettres sur Y « éducation esthétique de l'homme » et^la poésie que lui a inspiré l'enfant qui s'amuse en est tout, imprégnée :
Joue, ô cher innocent, lu habites encore
Au milieu* de TArcadie sereine;
Et tu suis le seul instinct de la nature.
A ta vivacité on n*a pas encore imposé de chaînes ^ î
I^es livres qui traitent de la zoologie et de l'évolution de l'instinct chez les animaux fourmillent de récits touchant leurs jeux. Quelques-uns, ceux d'Huber par exemple sur les fourniis, frisent le merveilleux. Peut-être existe-t-il, dans la psychologie animale, un parti pris trop marqué d'attribuer aux bétes des tendances identiques à celles de l'homme. Et cependant combien seihble juste cette proposition où Charles
1. Spiele, liebliche Unschuld ! Noch ist Arkadien um dich, Und die freie Natur folgt nur dem frôhlichen Trieb ; Noch erschafft sich die iippige Kraft erdichtete Schranken, Und dem willigen Muth fehlt noch die Pflicht und der Zweck.
2. K. Groos : Les jeux des aniinhux, p. y. de la trad. française. Paris, F. Alcan, 1902.
LES JEUX DES ANIMAUX lâS
Darwin * déclare « que le sens moral est absolument identique aux instincts de société ».
Parmi les bêtes, îl est des géniteurs qui ne se contentent point de l'éducation naturelle que donne Tinstinct; ils y ajoutent une instruction personnelle, particulière. Et ils se montrent supérieurs à beaucoup d'hommes en ceci qu'ils apprennent à jouer à leurs petits et prennent part à leurs amusements.
Le cheval se plaît à bondir et à courir. Parfois, dans la Maremme, on voit des troupes de ces animaux faire entre eux, de véritables courses. Un de mes amis m'a raconté que, dans les steppes de Russie, il a vu assez souvent des chevaux en4iberté courir derrière ou à côté de sa voiture. Ils sautaient et caracolaient toute une journée et, le soir seulement, faisaient volte-face pour rejoindre leur compagnie.
11 semble que Tinstinct fasse du jeu un apprentissage de la vie. Quand je voyageais chez les Peaux-Rouges, j'ai vu leurs enfants tirer de Tare et se fabriquer de petits canots. Demi-nus, sur les bords des lacs et des fleuves, ils jouaient à pêcher, tendant des engins à des poissons imaginaires ; ou bien ils se construisaient des cabanes parmi les arbres, avec des écorces de bouleau. Mais, ces exemples empruntés à la vie des peuples primitifs ne suffisent pas à expliquer les causes d'où procèdent les jeux. Ils naissent de conditions physiologiques plus intimes et d'un besoin instinctif de mouvement. L'homme, comme les animaux, se plaît à changer vivement de place dans l'espace, à courir et à crier. Après des mouvements violents, la circulation du sang s active, la -*