LE CERVEAU DES ENFANTS
Iules cérébrales. L'immobilité réclamée par lapplication, indispensable à toute étude, produit une intense réaction ; et la grande excitabilité qui suit tout travail de Tesprit, génère la turbulence involontaire des écoliers. Les repos entre deux leçons sont tellement nécessaires, qu'on a donné à ce temps de trêve; le nom de récréation qui veut dire créer de nouveau. L'évidence des choses s'impose si fortement que le résultat empirique des récréations fut connu bien avant que la physiologie s'en occupât. La récréation est une condition essentielle du travail parce qu'elle régénère les forces physiques, donne une nouvelle force de résistance au cerveau, et calme l'excitation des muscles. Lorsque nous approfondirons la psychologie des jeux, nous connaîtrons mieux ce qu'est cette activité inconsciente du système nerveux qui ébranle la jeunesse, qui la pousse à agir et à s'agiter sans but précis. Cet ébranlement intérieur ne dépend pas seulement de la communauté des phénomènes nutritifs dans les cellules qui servent tout à la fois, au mouvement et à la pensée. Nous sommes soumis à une autre influence mystérieuse, celle de l'hérédité, de la transmission des instincts qui rapproche l'homme des animaux.
L'éducation peut modérer les tendances involontaires des hommes, mais il serait dangereux de vouloir les supprimer d'une façon absolue. Pour résister au désir d'accomplir un acte, le cerveau de l'homme ou de l'adolescent doit se livrer à un double travail. Nous n'avons examiné, jusqu'à présent, que les centres qui engendrent le mouvement, négligeant les centres d'inhibition qui existent aussi dans notre cerveau. Lorsque se produit un ordre de mouvement dans l'unQ des
parties des circonvolutions du cerveau, d autres cellules entrent en fonction pour s'opposer à cet ordre; et leur action par un processus intime paralyse le mouvement qui voulait s'extérioriser. Ainsi, dans l'inlmobilité, deux forces nerveuses opposées s'éliminent et se détruisent Tune l'autre. L'éducation de la jeunesse ne consiste donc pas simplement à l'exercer au mouvement : il faut qu'elle sache encore au besoin s'opposer à ce mouvement. Et si nous devons nous appliquer à mettre un frein à nos mouvements instinctifs, il ne faut cependant pas les supprimer.
Dans les horaires des études, il est bon de tenir grand compte de ce besoin de mouvement qu'éprouvent les écoliers. Il constitue l'une des conditions de leur vie. Garder trop longtemps en dépression les fonctions du système musculaire; hypnotiser les enfants par le silence, leur cause des souffrances sérieuses et peut faire naître des vices innommables, qui souvent détruisent de précieuses existences. Personne n'ignore à quel point les émotions agréables stimulent les fonctions de l'organisme, et combien les émotions tristes le dépriment. La joie, comme le disait Molière, va se multipliant : « Vallégresse du cœur augmente à se répandre. »
Un exercice modéré accroît la vitalité des centres nerveux et l'énergie des forces motrices. Dans mon laboratoire, nous avons mesuré la longueur du pas, et compté le nombre de pas que l'on peut faire en marchant d'une façon normale dans un espace déterminé. Ces expériences s'exécutaient