ÉTAT PHYSIQUE, ÉTAT MENTAL
éludes ; et il déclare, toujours à ce point de vue, qu'il est plus logique et plus scientifique de tenir compte de sa taille et de son poids * .
Il ne ressort point, cependani, de ceci que le mètre et la balance soient, d'une façon absolue, les mesures des capacités de Tesprit. Chacun de nous apporte en naissant une prédisposition héréditaire qui fait que Tédifice de son corps est petit ou grand.
Etant donné l'estampage de cette structure individuelle, *{ si nous en réalisons le développement complet avec bonheur et rapidité, nous sommes plus intelligents; mais si nous peinons pour croître, le cerveau en souffre.
Ceci non plus cependant n'est pas toujours rigoureusement exact. Les statistiques enregistrent des cas de jeunes gens moins développés au physique, qu'ils ne devraient l'être, petits de taille, légers de poids, et dont la mentalité présente un développement très avancé. Mais ce sont là des exceptions. Ces enfants constituent un type à part; les autres forment la règle.
Ces observations ont été confirmées par des recherches statistiques opérées en Russie. Quant à l'Angleterre, la société médicale britannique a donné au D' Francis Warner là mission défaire une enquête sur les mêmes matières. Ce savant, ayant pris comme bases de son examen SO.OOO enfants qu'il étudia, dans les environs de Londres, en est arrivé, quant à la réciprocité qui existe entre l'état physique et Tétat mental, à des conclusions analogues à celles que nous relatons plus haut.. Il constate, une foi^ de plus, que
i . Homen W. Zirkle : Investigation of the Département of Psychology and Education of the Vniversity of Colorado. June, 1902, p. 9.
les enfants dont le développement est difficile sont aussi moins intelligents ; et il croit que Téducation physique, lorsqu'elle est bien appliquée dans les écoles, fait décroître le nombre des enfants obtus et celui des enfants qui présentent des troubles nerveux.
Ce sont les physiciens et les chimistes qui ont perfectionné la méthode expérimentale, en l'employant à Tétude des corps inanimés. Les physiologistes sont venus ensuite et se sont servis des mômes moyens pour essayer de comprendre les organismes vivants. Dans le principe, beaucoup doutèrent qu'ils pussent parvenir à formuler une doctrine positive. On se figurait que les êtres vivants sont pourvus d'une force intérieure qui rend les manifestations de la vie indépendantes des conditions de la chimie et de la physique. Cependant tout le monde admet aujourd'hui que la physiologie est une science positive, utile, non seulement au médecin, mais à tous ceux qui veulent comprendre la vie.
L'exemple des études physiologiques influa rapidement sur les autres sciences, dès que Ton eût compris que chez les êtres vivants, comme dans les choses inanimées, étant donné des conditions semblables, les mêmes causes produisent les mêmes effets, et, qu'en somme, toutes les fonctions s'opèrent dans l'homme d'une façon constante, si Ton tient compte cependant de la complexité plus grande des causes qui chez lui entrent en action.
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Des phénomènes de la vie végétale et animale, les physiologistes passèrent à Tétude des sens, de la pensée et de la conscience de Thommè. Les .premières mensurations qui aient été prises d'une façon exacte, nous les trouvons dans les deux volumes de psycho-physique de Fechner. Avec les expériences d'Helmholtz sur la vitesse de propagation de Tagent nerveux, s'ouvrirent de nouveaux horizons pour la science moderne de Tâme. De plus, dans l'optique physiologique et l'acoustique, le même Helmholtz, analysant les sens de la vue et de l'ouïe, non seulement nous fît comprendre la nature des sens, mais encore il nous donna les plus remarquables ouvrages de philosophie naturelle qui aient été produits de notre temps.
La loi de la conservation de l'énergie, que nous a enseignée Helmholtz, est d'une telle importance pour la compréhension des forces qui s'exercent dans l'Univers qu'un philosophe étranger aux expériences sur lesquelles s'appuie cette doctrine, est semblable à un aveugle-né qui voudrait parler des beautés de la nature.
Mais l'observation intérieure des corps, si elle n'appelait à son aide les instruments qui peuvent mesurer avec exactitude le temps et l'espace et reconnaître les propriétés de ces mômes corps ; serait une étude vaine et elle ne donnerait que des résultats incertains. Les répliques des sens aux actions externes et internes, et les impressions que ces actions leur causent sont, en effet, des processus fugitifs et inconstants qui varient selon les conditions où se trouvent ces corps. Pour les analyser, il est donc nécessaire de recourir aux instruments employés par la physiologie, et,
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de plus, il faut connaître les causes matérielles qui gouvernent la vie intellectuelle.
Une active analyse des mouvements volontaires et réflexes, et l'étude de Vinhibition sont indispensables à la connaissance de la nature de Tame, et aussi à celle de la vie végétative et inconsciente de notre organisme, ài'éthique même n'est pas restée étrangère au mouvement biologique ; elle est sortie de la méthaphysique et de Tempirisme. L'homme moral n'est-il pas en effet celui dont toutes les fonctions s'harmonisent avec les conditions de l'existence, avec les lois qui gouvernent la vie ?
Le D'* Max MuHer a démontré, il y a plus de quarante ans aujourd'hui, que la science du langage faisait partie des sciences naturelles ;.on eut donc pu croire que, pourmieux connaître ce don merveilleux qui est la parole, les philologues se seraient ingéniés à se servir des moyens que leur offre la méthode expérimentale. Le jour où Broca eut découvert dans le cerveau la région de la parole écrite et parlée, les progrès de la philologie furent très rapides. Wundt a publié récemment un volume sur le langage. Du reste, les titres seuls des ouvrages 's'occupant de la physiologie dans ses rapports avec la parole écrite ou parlée et les maladies qui peuvent atteindre ses organes; des ouvrages traitant du développement du langage chez les enfants, du bégaiement, et enfin des organes vocaux au point de vue de leur éducation et de leur fonctionnement; les titres de ces ouvrages pourraient former un catalogue d'une centaine de pages. Mais, dans les universités, on n'a pas encore jeté un pont entre l'école de physiologie et celle qui s'occupe de la science du langage.
La pédagogie n'esi pas en meilleure posture en France que chez nous. Ces temps derniers dans un article où il raconte sa jeunesse et qu'il intitule : « Souvenir d'une éducation manquée S). Ernest Lavisse, en parlant de l'instruction qu on lui ^ônna ôà la Sorbonne, a dit : « Nous vécûmes hors de la nature et lïorsy de l'histoire ».
Pasteur lorsqu'il faisait de^ conférences à l'École normale sur la génération spontanée, parlait le soir afin que tous pussent y assister; et les seuls parmi ses camarades qui ne s'y firent jamais voir,' étaient les futurs professeurs et les philosophes. Lavisse rappelle cette anecdote avec un profond regret. Il eut été facile, les deux édifices étant contigus, d'ouvrir une fenêtre qui portât un peu de lumière et de vie à la faculté des études philosophiques. Renan se plaignait aussi qu'en France les écoles ne fussent pas organisées en vue d'une éducation positive.
Dans les laboratoires de psychologie, on fait, à notre époque, de si importantes recherches sur la mémoire, qu'il est impossible de comprendre comment nos milieux universitaires peuvent rester étrangers à ce mouvement. La mémoire se prête mieux que les autres facultés à établir les rapports qui existent entre le physique et tb nrioral. De plus, toutes les recherches auxquelles elle a récemment donné lieu, ont été fécondes en résultats pédagogiques. Elles établissent comment la mémoire va grandissant et se fortifiant par