CHAPITRE VI
Pythagore, le doux philosophe, le grand mathématicien, Tastronome, le rénovateur des mœurs, Thomme qui a découvert les lois de lacoustique, avait été, à Olympie vainqueur au pugilat. Le pugilat était, parmi tous les exercices, le plus rude et le plus fatigant, celui qui exposait aux plus grands dangers et qui réclamait le plus d'agilité, le plus de résistance à la douleur.
Aux jeux isthmiques et pythiques, Platon concourut à la lutte ; Sophocle fréquentait la palestre à Athènes et y dirigeait des chœurs d'enfants; Euripide et Chrysippe remportèrent des couronnes dans les concours solennels de jeux ; le poète Timocréon de Rhodes fut si célèbre comme athlète que le roi de Perse, voulut Tadmirer à la lutte. Je pourrais citer d'autres exemples, maïs ceux-ci suffisent à prouver que les philosophes de la Grèce savaient faire alterner les exercices fatigants du corps avec les spéculations les plus sublimes de Tesprit. Dans l'Italie méridionale, aux temps de la Grande Grèce^ les cités qui devinrent célèbres par leurs écoles de médecine furent également fameuses par
l'éducation physique. « Le dernier des Crotoniales vaut le premier des Hellènes », disait un proverbe. Aujourd'hui, Crotone n'est plus, et un petit bourg de pêcheurs, portant le nom de Cotrone, s'élève sur ses ruines. C'est ce centre renommé d'études, où avait fleuri l'école de Pylhagore, qui envoyait des médecins dans toute la Grèce et ils y étaient magniflquement payés. L'enthousiasme des anciens Siciliens pour l'éducation physique et les jeux se fait jour dans leurs monnaies dont les figures gravées représentent très souvent des luttes et des courses. La Sicile rivalisait avec les villes grecques. A Agrigente, les jeux des Théoxénies avaient acquis une grande célébrité ; et Diodore raconte que lorsque Exénète rentra vainqueur d'Olympie on lui fit une entrée si triomphale que trois cents paires de chevaux blancs précédaient son char. Le plus grande gloire d'Agrigente fut Empédocle, cet admirable philosophe auquel nous devons les bases de la science. En effet quelques-unes des idées de la chimie moderne, par exemple la théorie qui enseigne que les corps sont composés d'éléments simples qui se combinent dans des proportions constantes, furent énoncées par Empédocle. Il affirmait, comme plus tard Darwin, qu'à lorigine il y eut d'abord des plantes ; que les animaux les moins compliqués vinrent ensuite, et que, du développement progressif des organismes naquirent les animaux supérieurs et enfin l'homme.
Cependant, au temps de Socrale, il existait déjà des intellectuels qui se montraient peu au grand jour et qui s'absorbaient dans les études, au lieu de s'aguerrir dans les palestres. Aristophane, dans sa comédie des Nuées^ met en scène Phidippide qui^ fier de sa vigueur, parle avec mépris
UNIVERSITES AMERICAINES 155
des jeunes hommes pâles qui suivaient les leçons de Socrate. Nous ne savons guère maintenant ce qu'il y avait de fondé en tout ceci, car, en dépit de sa sagesse, Socrate avait Thabitude de dénigrer ses confrères, et il allait de maisons en maisons, reprochant à tous de confier leurs enfants à de méchants précepteurs. Ce procédé explique comment, dans une ville aussi tolérante qu'Athènes, il avait pu se^faire tant de détracteurs et tant d'ennemis.
Quoi qu'il en soit, la question du surmenage intellectuel et de la décadence des études, n'est pas nouvelle, car le passé, comme le disaient déjà les vieux philosophes, ne meurt jamais complètement pour l'homme !
Dans un livre précédent*, j'ai consacré deux chapitres aux universités anglaises ; je veux, aujourd'hui, jeter un rapide coup d'œil sur celles d'Allemagne et d'Amérique.
La vie moderne s'est mieux incarnée dans les écoles américaines que dans celles de TEurope. Chez nous, l'universalité des connaissances ne se trouve point encore représentée dans les études universitaires. Un grand nombre de choses qui seraient utiles au progrès matériel de la société, ne sont pas encore enseignées dans nos établissements scolaires. Nos professeurs s'intéressent moins à la vie des universités que ceux d'Amérique. Cette indifférence, cette apparente modestie qui nous incite à vivre retirés, produit les mêmes efiTets que l'égoïsme, cet égoïsme qui
1. A. Mosso : L'éducation physique de la jeunesse, chap. n et m. Paris, F. Alcan, 189b.
i56 L'ÉDUCATION PHYSIQUE DANS LES UNIVERSITÉS
nous retient d'agir chaque fois qu'un intérêt immédiat n'est point en jeu. Le manque absolu de rapports familiers entre les professeurs comme entre les élèves de collège à collège, est préjudiciable à la vie universitaire. En France et en Italie les écoles sont isolées. Les diverses facultés sont des organes sans nerfs et sans vaisseaux qui les unissent les unes aux autres pour en faire un corps vivant. En Amérique et en Angleterre, les jeux et les sports représentent le cœur des écoles dont le sang fait battre toutes les artères à Tunisson ; et l'éducation physique donne à la jeunesse une vie plus intense.
Pour faire comprendre ce qu'est le milieu universitaire américain, il faut rappeler qu'il s'agit là d'un monde très différent du nôtre; par exemple si Ton veut y faire accTepter une tâche ou un exercice, il sufGt de dire qu'il est pénible ou difficile à exécuter ; aussitôt chacun s'y intéressera. Nos étudiants sont moins actifs, aussi sont-ils plus débiles et plus efféminés.
En Amérique toutes les universités ont un gymnase et beaucoup en possèdent deux, Tun pour les garçons, l'autre pour les filles; puis il y a le champ de jeux. La vie, en plein air, dans les /e/im.s* et les prairies, le canotage sur les fleuves et les lacs sont très utiles, même pour dés raisons autres que celui de la santé. Les professeurs et les directeurs prennent part à ces distractions, et la discipline y trouve avantage par suite des relations d'amitié et de l'intimité cordiale qui s'établissent entre maîtres et élèves. Les Américains possèdent à un si haut degré l'art de rendre plus intense l'éducation intellectuelle et physique, ilslui insufflent, avec tant de sollicitude, une vie si forte, qu'ils semblent