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mon absonce ; sa mcre le comprit et m'engagea à partir. Que de bénédictions , que de larmes ! que de paroles tendres elle me prodigua pour lui et pour moi! Oh! j'allais le rendre deux fois heureux, je lui portais mon cœur et celui de sa mère.
Lorenzo avait passé le temps de mon voyage à Fontainebleau; c'est là que je fus le surprendre à mon retour. Comment vous peindre son bonheur et le mien? ne l'avez-vous pas deviné? n'en avez-vous pas vu comme le reflet lorsqu'il vous sauva la vie dans l'avenue du Calvaire et que je vous soutins blessé dans mes bras ? vous comprîtes bien vite que nous nous aimions, que nous allions élre unis à jamais ou que naus l'étions déjà. Durant les premiers jours de mon retour, en voyant le ravissement de Lorenzo , j'espérais qu'il avait renoncé à me faire passer par cette
secondeet étrange épreuve dont il m'avait j)arlé avant mon départ; mais le soir même du jour où nous vous étions rencontrés, une circons tance inattendue vint raffermir sa résolution vivement ébranlée par le bonheur que nous éprouvions à nous retrouver enscn^ble. On me remit une lettre, elle était d'une vieille sœur à ma mère, duchesse millionnaire, veuve sans enfants, et à qui mon souvenir, ou plutôt la pensée de mon existence, car elle ne m'avait jamais vue, était tout-à-couj) revenue; elle censurait en termes mesurés et avec les raisonnements ordinaires du monde la vie libre et émancipée que je menais, et finissait par m'offrir dans sa maison un asile honorable, un port où je trouverais la considération , la fortune , le bonheur ; — je ris beaucoup de ce dernier mot, le bonheur ! Mais je l'avais trouvé ! personne au monde ne pouvait me l'enlever, y avait-il un bonheur qui valût
ramonr de Lorenzo? Ce fut avec ce sentiment de joyeuse insouciance que je lus tout haut et que je commenlai la lettre de ma parenle inconnue. A ma grande surprise, après l'avoir entendue, Lorenzo me dit d'un air grave:
— Acceptez cette proposition , Claire, allez passer chez votre tante les quatre mois qui vous manquent encore pour avoir vingt et un ans , voyez le monde, jugez-le, aimez-le s'il vous suffit, efforcez-vous de m'oublier, et si vous n'y parvenez pas , oh ! alors , vous le savez bien, je serai le plus heureux des hommes.
Je voulus combattre Lorenzo, sa résolution fut inébranlable; mais quand il me dit que Je devais partir sans lui et dès le lendemain, je me raidis à mon tour , je lui déclarai que s'il ne me suivait pas et s'il ne consentait à se montrer dans tous lessalons,àassister à toutes
les fêtes où j'allais être conduite, j*étaîs résolue à ne point le quitter. Mes paroles le touchèrent, cl le lendemain; sans vous avoir revu, mais avec le dessein de vous écrire, nous partîmes pour Paris.
Ma tante était une grande femme de cinquante ans, grasse, fraîche, conservant des prétentions à la beauté , et en ayant toujours eu au bel esprit. Elle habitait un riche hôlel, rue de l'Université, meublé dans un goût vrai de de Télégance et de l'art. Je me présentai chez elle suivie de ma gouvernante; elle me reçut avec une parfaite politesse et me dit d'un ton digne et froid.
— Votre mère a donné bien des chagrins à notre famille, j'espère que vous vous efforcerez d'elFaCer ses torts envers nous!...
Je Tinlerrompis.
— Je m'efforcerai, madame, de suivre en loiit l'exemple de ma mère
— En vérité! et môme d'avoir comme elle quelque amour romanesque qui vous conduirait à couj) sûr à une mésalliance.
— Oui, madame, quelque noble et sincère amour qui ferait mon bonheur comme l'amour de mon père a fait celui de ma mère.
Et , amenée tout naturellement par le tour qu'avait pris la conversation à lui parler de Lorenzo , je lui fis le récit de mon amour pour lui et de ma résolution irrévocable de ne jamais renoncer à cet amour.
— Je suis venue , ajoutai-je, pour vous remercier, madame, de vous êlre souvenue de
moi !...
Ainsi donc vous refusez, reprit-elle avec
aigreur, de domeiiror avec la sœur de voire mère, avec la seule protectrice que vous ayez au monde ?
— Si j'acceptais, madame, l'hospitalilc^ chez vous duraul les trois mois qui me restent à passer avant de nfunir à Lorenzo , ce serait à des conditions que vous refuseriez.
— Et quelles sont vo3 conditions, made-« moiselle?
— Je voudrais que celui que j'aime fut invité à vos réceptions; je voudrais plus encore, je ne consentirai à paraître dans aucune fête si je n'étais cerlaine à l'avance de l'y rencontrer, afin qu'il [)ùt s'assurer par lui-mêilie que je ne l'oublie pas un instant , que sa pensée me suit partout, el que si j'ai consenti à voir le monde , c'a été pour le dédaigner et
me garder tout à lui.