‹ Les ExilésChapitre 3 sur 65 · A MADAME ELISABETH R · texte numérisé non relu

A MADAME ELISABETH R

A présent, le pantin est accroché devant Votre table. Il est là, bien tranquille, et souvent Il sourit. On l'a fait avec une poupée Habillée en Pierrot. Sa taille est bien drapée ; Puis il est gracieux comme le jour qui naît. Il songe, avec des yeux bleu sombre. Si ce n'est Qiie les rubans, les nœuds d'amour et les bouffettes De son habit sont bleus, et ses deux lèvres faites En vermillon, il est tout blanc, comme Vhiver.

A son petit chapeau tient un anneau de fer Pour qu'on puisse le pendre avec un fil. Sa face Est d'un rose charmant que jamais rien n'efface, Et l'habit est de neige et les agréments bleus. Il garde la douceur des êtres fabuleux : Il est sérieux, mais avec un air de fête.

// est blanc. Ses cheveux, qui volent sur sa tète, Sont blancs aussi, naive innocence des jeux ! Ils sont en ouate ; ils font comme un ciel nuageux Sous le chapeau pointu qui lui couvre le crâne, Et c'était le joujou de la petite Jeanne.

Oh ! je vous tresse, Jleurs pâles du souvenir !

Elle n'' aurait pas eu la force de tenir

Ce jouet de fillette avec sa main trop tendre ;

Mais on avait trouvé cela, de le suspendre

Avec un léger fil au-dessus du berceau.

La douce enfant, tremblant de froid comme un oiseau,

En voyant la poupée essayait de sourire.

Ses deux mains y touchaient alors, chère martyre!

D'un geste maladif, vaguement enfantin,

Et l'on voyait trembler à peine le pantin.

C'est qu'elle était si faible, elle était si petite.' Pensive, elle ployait sous l'atteinte maudite D'un mal mystérieux, privée encor de tout, Ne pouvant ni marcher ni se tenir debout. Pendant ce temps qu'elle a vécu, toute une a)inée ! Elle a souffert toujours, pauvre rose fanée. Qui frissonnait , brisée et blanche, au moindre vent. Dans ses profondsyeux bruns brillait un feu mouvant.

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