AMÉTHYSTES
Printemps d'Avril
Ma mie , à son toit fidèle , La frétillante hirondelle Revient du lointain exil.
Déjà le long des rivages S''égaie un sylphe subtil , (2ui baise les fleurs sauvages :
Voici le printemps d'Avril!
C'est le moment oîi les fées , De volubilis coiffées , Viennent, au matin changeant , Sur le bord vert des fontaines Oh court le flot diligent , Charmer les biches hautaines De leurs baguettes d'argent.
LES EXILKS.
Elles dansent à Vaiirore Sur Vherbe, oit les suit encore Un troupeau de nains velus.
Ne va pas, enfant sereine , Au fond des bois chevelus :
Elles te prendraient pour reine, Et je ne te verrais plus !
Fontainebleau.
AMETHY STES.
Tisb(
En cet habit d'étoffe ancienne , Tu semblés, au siècle des cours, Une noble Vénitienne.
Cette dentelle aux mille jours Est un nid fait pour les Amours ; Watteau, de la grâce idolâtre, T'eût peinte en tes riches atours Avec ce manteau de théâtre.
Oest vers vous, les enchanteresses , Qiie Voiseau bleu tourne son vol!
A présent déroule ces tresses , Jette ces perles sur ton col ; Donne la voix de rossignol A Tisbc, Vange aux mains fiévreuses , Car c''est elle , avec dona Sol , Qtd sont toujours nos amoureuses.
Bruxelles.
I OO I.tS EXILES.
Le Charme de la voix
QjK^iiii s'élaiicoU leurs strophes d'or.
Il faut aux Odes qu'on admire, Four leur faire prendre Vessor, Les instruments et leur délire.
Mais toi, mais toi , tu peux les lire ! Car la Muse Vaime, et tu vois QiCelle n'a plus besoin de lyre Avec les chansons de ta voix.
Ta grave, ta charmante voix, Pure comme un cristal féerique , Est parfois si douce ! et parfois
Brûlante comme un vent d'Afrique.
Telle, à son rhythme symétrique Prêtant les colères des dieux, Sapplio, la déesse lyrique, Parlait aux flots mélodieux.
Rivière de Gènes
AMETHYSTES. IQI
Vers sapphiques
Ma fui, mon espoir, mes chants fiers et doux, Je Vai tout donné , jusqu''à mon courroux. Ce n'est pas asse:{ , dit ton cœur jaloux. Il a bien raison!
Il me faut bénir ta blonde toison , Tes beaux yeux armés pour la trahiso\i , Et ton sein de neige , et le noir poison QiCa versé ta main.
Je les bénirai ! cher ange inhumain , Fleurisse ta bouche au riant carmin !
Et toi, si ton pied le trouve en chemin , Foule aux pieds mon cœur.
Oui, sers de complice au passant moqueur, Et du )ioir oubli rhapsode vainqueur.
Mes vers frémissants chanteront en chœur Ton nom adoré.
Jusqu^aux astres clairs je remporterai, Et mon luth, peut-être un jour admiré , Fera que V éclat de ton front doré Demeure immortel.
Puisse-t-il , flambeau de mon cher autel , Eblouir de feux les divins sommets Et sur les piliers de saphir du ciel Briller à jamais!
Cil'O
Nous avons introduit ici une légère modification dans le rhythme criL par Ronsard. Chez lui, les trois premiers vers de la strophe sapphiquesort des vers de treize syllabes, avec césure à la sixième syllabe ; mais, comme le dit M. Prosper Blanchemain, ii Ronsard chantait ses odes et ses sonnets ; Oïlande , Janequin, Goudimel les ont mis en chant. » Et nous somme,orcé d'écrire pour être lu et non chanté.
AMKTHYSIES. I Q.
Apothéose
c'est bien fait, 6 ma sœur,
Et je succombe, Mais avec la douceur
Dhoie colombe.
En noyant ma raison
Dans mon extase, J'ai béni le poison
Et le beau vase !
Même, j'ai traversé
Sans épouvante L'heure oit tu m^as versé
L'horreur vivante.
J'ai bu le jlot profond
Avec délice ; L'ivresse était aufo)id
Du )ioir calice.
Je te donne à présent, [Car je f adore!]
Le laurier vcrdissatit Qiii nie décore.
Arraché par mes vers
A Ponde noire, Mes chants à Vunivers
Diront ta gloire.
Près du ciel a^uré Qtii )tot!S menace ,
Joyeux, je t'asseoirai Sur le Parnasse.
Là, recueillant le fruit De mo)i délire.
Ta voix sera le bruit Qiie fait ma lyre i
AMETHYSTiiS. I9D
Et tu joueras, enfant
Né de Thalie , Dans le flot triomphant
De Castalie.
Dans les bois écartés.
Ces lèvres roses Jetteront des clartés
D'apothéoses ;
Mon sang versé par jeu,
Sainte blessure ! Sera la pourpre en feu
De ta chaussure;
Et, comme en ce dessein
Je Vai choisie, Tu laveras ton sein
Dans Vambroisie.
Mais, couronnant ton front
Pur de souillure.
Des rayons d'or seront
Ta chevelure ;
Et tesyeux, oh sourit Ma douleur morte ,
Rejlcteront l'esprit Qui me transporte.
O ma divinité
Victorieuse , Pendant Vétemité
Mystérieuse ,
Tes yeux, insoucieux De nos désastres,
Seront comme des deux Eclatants d'astres.
La Boidighera, au champ des F'almicrs, 1860.