LE SANGLIER
C'était auprès d'un lac .sinistre, à Veau dormante, Enfermé dans un pli du grand mont Erymanthe , Et Vautre paraissait gémir, et, tout béant, S'ouvrait, comme une gueule affreuse du néant. Des vapeurs en sortaient, ainsi que d'un Averne. Immobile, et penché pour voir dans la caverne. Hercule regarda le sanglier hideux.
Les loups fuyaient de peur quand il s^ approchait d'eux, Tant le monstre effaré, s'il grognait dans sa joie, Semblait effrayant, même à des bêtes de proie. Il vivait là, pensif. Lorsque venait la nuit. Terrible, emplissant Vair d'épouvante et de bruit Et cassant les lauriers au pied des monts sublime^: Il allait dans le bois déchirer ses victimes ;
Puis il rentrait dans Vautre, auprès des flots dormants.
Couché sur la chair morte et sur les ossements,
Il mangeait, la narine ouverte et dilatée.
Et s^ étendait parmi la boue ensanglantée.
Noir, sa tanière au front obscur lui ressemblait.
Les ténèbres et lui se parlaient. Il semblait,
Enfoui dans V horreur de cette prison sombre,
OiiHl mangeait de la nuit et quHl mâchait de Vombrc.
Hercule, que sa vue importune lassait.
Se dit : « Je vais serrer son cou dans un lacet ; Ma main étouffera ses grognements obscènes. Et je ramènerai tout vivant dans Mycènes. » Et le héros disait aussi : « Qui sait pourtant, 5'i7 voyait dans les deux le soleil éclatant, Ce que redeviendrait cet animal farouche? Peut-être que les dents cruelles de sa bouche Baiseraient Vherbe verte et frémiraient d^amour, S'il regardait Vapir éblouissant du jour ! »
Alors, entrant ses doigts d^ acier parmi les soies Du sanglier courbé sur des restes de proies. Il le traîna tout près du lac dormant. En vain. Blessé par le soleil qui dorait le ravin, Le monstre déchirait le roc de ses défenses.
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// fuyait. Souriant de ces faibles offenses, Hercule, dont le bras peut étouffer des ours, Le ramenait au jour lumineux. Mais toujours, Attiré dans sa nuit par un amour étrange, Le sanglier têtu retournait vers la fange, Et toujours, Veffrayant dhm sourire vermeil, Le héros le traînait de force au grand soleil.
Décembre 1862.
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