‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 10 sur 187 · LIVRE I, CHAPITRE U · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE U

merce de Topium avait pris avec l'Empire de la Chine une extension incalculable. En outre des ravages que ce trafic prohibé dans toute l'étendue de l'Empire exerçait sur les classes populaires, près de cinquante millions de numéraire refluaient chaque année vers l'Europe et menaçaient d'un appauvrissement prochain la réserve métallique de l'Empire.

La cour de Pé-king résolut de mettre un terme à ce trafic illicite, et, le 7 juin 1839, le commissaire impérial Lin , homme énergique et résolu , après avoir fait cerner les factoreries, obtint par la force la remise de vingt mille caisses d'opium , qui réduites en pâte, furent jetées à la mer.

Le commerce anglais était à jamais perdu dans les mers de Chine, si un acte semblable conservait l'impunité.

Après trois campagnes successives qui amenèrent pour les Chinois de grands désastres (1) le traité de Nanking fut signé le 29 août 1842, à bord du vaisseau Cornwallis (2).

Un traité supplémentaire fut signé le 8 octobre 1843; et c'est alors que les cinq ports déjà ouverts au commerce britannique par le traité de Nan-king, le furent également à tout le commerce européen.

Le gouvernement des États-Unis entama, à son tour, des négociations, et M. de Lagrené concluait aussi, vers la

(1) Voir les détails intéressants de ces trois campagnes dans le Voyage en Chine j par le contre-amiral Jurien de la Gravière.

(2) Voir les Archives diplomatiqiLes ^ recueil de diplomatie et d'histoire. Paris, Amyot, année 1861, tome I, p. 285.

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même époque, pour le compte de la France» un traité â*amitié, de commerce ei de navigation (1)*

XIV. — Outre la question de commerce, l'ambassade de France avait traité Li question r^igieuse, soumise à des persécutions perpétuelles.

L'article 22 de ce traité donnait le droit d'établir des églises, des hôpitaux, des hospices, des écoles et des cimetières sur le territoire défini des cinq ports. De plus, un éditde l'Empereur Tao*Kouang autorisait lescbrétiens indigènes à pratiquer essentiellement leur rdigion; précédemment il avait décidé que les missionnaires, surpris dans l'intérieur de TEnipire pourraient être arrêtés, mais qu'ils seraient remis sains et saufs aux mains de leurs consuls respectifs.

Cet article ne protégeait toutefois que bien incomplètement la question religieuse soumise à tant de persécutions; les faits ne tardèrent pas à.le prouver, et amenèrent la promulgation d'édits dont nous aurons occasion de parier plus tard •

Tel étaitrétat des choses,, après la signature des différents traités.

Mais d'années en années, leur exécution devenait plus irrégulière. Non^eidemeot les intérêts commer-

(1) Recueil des archives diplomatiques, année 1861. Tome I, pages 296, 307, 319. Traité de Wbanghiâ entre les États-Unis et la Chine. 3 juillet 1844. — Traité d*amitié, de commerce etl de navigation entre la France et la Chine, signé à Wiampoà. 24 septembre 1844. — Arrangement convenu eotre Ut Belgique et 1» Chijataà Tao-Kouang, 25 juillet 1845.

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ciaux de la {dlus haute grarvité étaient en jeu, mais sonteut la sécurité des personnes se trouvait aussi sous le coup de menaces permanentes^

LestrailéssignéSy les édits promulgués étaient devenus des lettres mortes, des engagements sans valeur^ dont les Chinois violaient ou cherchaient à violmr les clauses avec une astucieuse et déloyale diplomatie.

IXevait-on faire remonter jusqu'à rEmpcreor les actes perfides qui se renouvelaient sans cesse, oo en laisser la responsabilité aux hauts mandataires de l'autorité chinoise? nul ne pouvait le savoir, car le palais impérial restait impénétrable à toutes les réclamations, quelcpie fondées qu'elles pussent être.

XY. — C'est alors qu'un incident, ûitile en apparence, renouvela les hostilités entre la Chine et l'Âxigletefre, dont les intérêts commerciaux étaient beaucoup plus considérables, et par conséquent, beaucoup plus lésés que ceux des autres nations.

Le premier covp de canon tiré contre les forts chinois amena progressivement cette complication d'événements, dont les années 1858, 1859 et 1860 furent le théâtre et qui virent une seconde fois unis, comme naguère sur les champs de bataille de Crimée, les drapeaux de la France et de UAngleterre.

Il est évident que 1^ laits matériels sur lesquels s'appuyaieiU la double mission du baron Gros et de lord Ëlgin en 1857, aus^i bien que les hostilités commencées pajT les Anglais, l'anirée précédente, n'étaient

que le prétexte, le point de départ ; mais le but réel que voulaient atteindre les deux nations réunies, c*était de mettre fin à un état de choses Impossible, où l'honneur des pavillons nationaux et la sécurité personnelle des individus étaient à chaque instant en péril ; c'était d'imposer non-seulement l'observation des traités conclus, mais encore leur extension, pour établir désormais d'une manière nette, précise, la limite et le droit de nos relations politiques, commerciales et maritimes avec le Céleste-Empire.

Évidemment cette pensée a dès le début guidé sir J. Bowring et dirigé le feu des canons de l'amiral M. Seymoursurla rivière de Canton.

XVI. — Mais l'observation stricte des traités conclus, et Textension acceptée des traités nouveaux seront-elles plus sérieusement garanties dans un pays que nous ne pouvons vouloir occuper militairement, et qui est si complètement en dehors de nos idées, de nos tendances, de nos mœurs politiques et sociales ? — Réussirons-nous à porter la lumière du présent et la croyance dans l'avenir, au sein d'un peuple aussi éloigné de nous par là distance géographique que par son état social?

Là est toute la question.

Si on l'envisage sous le point de vue général, sans porter d'abord aucun jugement sur les événements qui se sont produits et sur les moyens employés, on ne saurait méconnaître, combien pour la vitalité même du commerce extérieur d'un pays, il est d'une nécessité

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