‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 11 sur 187 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

incontestable de donner entière sécurité, pour leurs personnes et pour leurs intérêts, aux nationaux que des milliers de lieux séparent de la mère-patrie.

Le souverain qui gouverne actuellement la Chine, a succédé à l'empereur Tao-kouang en 1850. Son nom est J. Tchori. Il a pris, comme Empereur régnant, celui de Mien Foung (qui signifie en chinois : complète abondance).

Quoiqu'il ne fût que le quatrième fils de l'Empereur Tao-kouang, son père l'avait choisi pour héritier du trône.

Mais le nouvel Empereur ne fut pas plutôt monté sur le trône, qu'il s'écarta complètement de la politique suivie par son père et éloigna de son conseil les hommes d'État auxquels le vieil empereur avait acQordé toute sa confiance,

XVII. — Quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis son avènement, que déjà ses tendances pour les relations extérieures s'annonçaient sous les couleurs les plus sombres, en même temps qu'une formidable insurrection éclatait au sein de l'Empire, et gagna bientôt les plus belles provinces de la Chme, laissant derrière elle des ruines et des flots de sang.

Celte insurrection formidable, soulevée dans le but de renverser la dynastie des Mantchoux, est aujourd'hui maîtresse de Nan-king, et s'agite encore menaçante et terrible au sein même de l'Empire.

Les hommes appelés au pouvoir par le jeune souverain

22 GAHPAGlfE DE GHIUE.

étaient eeax qtsi «'étaient montrés , de tout temps, les plus hostiles aux relations conciliantes, que TEmperenr Tao-kouang ataît nouées avec les nations occidentales.

Les mesures injustes, les entraves de toute sorte, les agressions personnelles se succédèrent, tant à Canton que sur tous les autres p<nnts où les Européens avaient accès.

Les Anglais surtout réclamèrent énergiquement ; car ils se trouvaient plus particulièrement frappés, par suite de l'extension qu'avait prise leur commerce.

Les Français, peu nombreux en Chine, représentaient des intérêts commerciaux d'une minime valeur ; mais la question religieuse avait pris un caractère alarmant, qui menaçait de s'aggraver encore.

XVIII. — Pour apprécier l'importance du fait qui se passa au mois de juin 1856, quelques éclaircissements sur l'état des choses antérieurement à cette date sont nécessaires.

Si le traité avec la France, dont nous avons parlé plus kant, s'oocupait des églises, des hôi»tanx, des écoles et des cimetières, il ne stipulait, dans aucun de ses articlesi, la facuUé que pourraient avoir les Chinois de pratiquer librement la religion chrétienne, proscrite au sein de l'Empire. . .

le conamissaire impérial Ki-ying avait, au mois d'oc* tobre 1844, présenté à l'Empereur Tao-kouang unplacet, demandant que les Chinois qui voudraient librement embrasser la rdigk>n chrétienne ne fossent plus traités

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en coupables. Ce placet fat approuvé; mafe, n'ayant donné lieu à aucun acte officieilement publié , il était insuffisant , et Ton ne tarda pa« à s'«n apercevoir. Des démarches nouvelles amenèrent un thtngA% (ou édit sacré) révélant toutes les formes officielles qui pouvaient lut donner force de loi ; cet édit fut publié dans l'Empire et porte la date du 18 mars 1846.

Jusqu'à la mort de l'Empereur Tao-kouang , aucun fait contraire aux concessions accordées par cet édit ne vint rappeler les anciennes persécutions, dont la religion chrétienne avait été l'objet. — Il n'en fut pas de même, lorsque le nouvel Empereur monta sur le trône. Les principales dispositions de cet édit protecteur furent plusieurs fois violées par les mandarins, sans que l'autorité supérieure parût se préoccuper en rien des justes réclamations qui lui furent, à ce sujet, j^lusieurs fois adressées.

n était impossible au représentant de la France d'intervenir directement; car cet édit n'était, par le fait y qu'un acte d'administration intérieure, dont la diplomatie ne pouvait exiger l'exécution.

Le gouvernement chinois ne manqua pas de profiter de cette position, et, chaque jour, des persécutions nouvdles donnaient lieu aux plaintes les plus amères.

On le vtMt, si d'un côté, pour l'Angleterre, la question commerdalc était en grand péril ; — de l'autre, c'était pour la France la question du christianisme qui se trouvait cbaqnc jour plus sérieusement atteinte.

XIX. — Ainsi, au mois de juin 1856, un missionnaire français, nommé Auguste Ghapdelaine, fut arrêté dans le district de Sin-Li-Hién, condamné par le sous-préfet à d'horribles tortures, puis décapité comme émissaire des rebelles.

M. Libois, des Missions étrangères, adressa à sir J. Bowring, le 12 juillet 1856, une lettre qui contient le détail de cette horrible exécution. En la lisant, on se demande si les temps de la plus sauvage barbarie ont jamais inventé rien de plus affreux.

M, Libois à sir J. Bowring.

Hong-kong, 12 juillet 1856.

Mon cher monsieur Bowring,

Je viens d'apprendre que M. Ghapdelaine, missionnaire français, de notre société, a été mis à mort le 29 février dernier, par le mandarin de Sin-Li-Hi6n , lieu situé à l'ouest de Quang-Si, près des frontières de Yunnan. Arrêté le 24 février, il fut immédiatement conduit au tribunal. Le mandarin commença par lui faire donner cent soufflets avec une semelle de cuir ; il lui ordonna ensuite de se coucher sur le ventre , et lui fît appliquer trois cents coups de rotin. Comme, pendant ce double supplice, M. Ghapdelaine n'avait proféré aucune plainte, ni fait entendre aucun soupir, le mandarin, attribuant sa patience à la magie , fit égorger un chien et ordonna d'asperger de son sang le pauvre patient, pour

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