LIVRE I, CHAPITRE I
gleterre, dans le but de mettre un terme à cette situation intenable, et de protéger les intérêts de ses nationaux contre les agressions qui venaient sans cesse les frapper àrimproviste, résolut d'envoyer une ambassade en Chine.
Lord Macartney partit en 1790. — L'ambassade échouX
En l816,4ord Amherst partit de nouveau comme ambassadeur, pour chercher à nouer des relations directes avec le Céleste-Empire. Cette seconde ambassade échoua aussi, mais cette fois devant une question de cérémonial , à laquelle lord Amherst ne jugea pas à propos de se soumettre (1).
(I) Cette cérémonie y appeléeleJTou-feou parmi les Chinois, consiste en neuf prosteraements pendant lesquels on touche le sol de son front. — Lord Amherst refusant de se soumettre à cet usage , proposa une espèce de compromis en offrant de mettre trois fois un genou en terre devant Vempereur et de s'incliner neuf fois. La question fut longuement controversée et discutée. Par suite d'un nouvel incident qui se produisit , l'ambassadeur anglais dut s'éloigner sans délai de Thoungtcbéou.
L*édit adressé à ce sujet par l'Empereur de la Chine au vice-roi de Canton, à la date du 6 septembre 1816, est une des pièces les plus curieuses qui se puisse voir et montre bien tout l'orgueil de l'Empereur et le profond dédain que lui inspiraient les nations européennes. « Les ambassadeur^ anglais à leur arrivée à Tien-tsin n'ont pas observé les lois delà politesse; à Thoung-tchéou (à quatre lieues dePé-king) ils témoignèrent qu'ils étaient prêts à se prosterner et à s'agenouiller, conformément aux règles de la bienséance dans ce pays. Comme nous étions sur le point de nous rendre dans la salle d'audience pour y recevoir l'ambassade, le premier et le second ambassadeur, sous prétexte d'une indisposition, refusèrent de paraître. En conséquence, nous rendîmes un décret pour les faire retourner sans délai ; mais nous avons réfléchi que, si l'ambassadeur était blâmable pour n'avoir pas observé les lois de la politesse, c'était une chose peu convenable et ccmtraire à la maxime qui ordonne de montrer de la bonté à nos infé-
16 CAMPAGNE De CHINE.
XUI. — Une queslion purement commerciale , mais qui prit subitement un caractère international, fit éclater la guerre entre l'Angleterre et la Chine. Le com-
rieurs , que de témoigner du mépris à un souverain qui, d'une distance immense , et à travers plusieurs mers , avait envoyé nous offrir un tribut. En conséquence, parmi les présents dudit roi, nous avons choisi quelques bagatelles des plus insignifiantes : quatre cartes géographiques, deux portraits (celui du roi et de la reine d'Angleterre), et quatre-vingt-quinze gravures; et, pour lui faire plaisir, nous les avons acceptées. En retour, nous avons fait présent audit roi d'un sceptre en pierre de yu (ou jade), d'un collier d'agate y de deux paires de grandes bourses ^ et de quatre paires de petites. Nous avons ordonné aux ambassadeurs de recevoir ces présents et de s'en retourner dans leur pays. De cette manière, nous avons mis à contribution la maxime de Confucius : « Donnez beaucoup ; recevei peu.
a Lorsque les ambassadeurs reçurent lesdits présents, ils en furent extrêmement satisfaits et montrèrent leur repentir. Ils ont déjà quitté Thoung-tcheou; k leur arrivée à Canton, vous, gouverneur et vicegouverneur, vous les inviterez à dîner conformément aux usages de la politesse , et vous leur tiendrez le discours suivant :
«Votre bonne fortune n'a pas été grande : vous êtes allés jusqu'aux portes du palais impérial, et vous avez été incapables d'élever vos regards jusqu'à la face du ciel (l'empereur). Le grand Empereur a réfléchi que votre roi avait désiré une chose heureuse pour lui et avait agi avec sincérité. C'est pourquoi nous avons accepté quelques présents , et avons fait don à votre roi de divers objets précieux. Vous devez rendre grâce à l'empereur de ses bienfaits et vous en retourner promptement dans votre royaume, afin que votre roi puisse éprouver, en vous recevant, une reconnaissance respectueuse pour ces actes de bonne amitié. Ayez soin d'embarquer le reste des présents avec attention, afin qu'ils ne soient pas perdus ou endommagés. »
« Après cette lecture, si l'ambassadeur vous suppliait de recevoir le reste des présents (qu'on avait refusés à Pé-king) , répondez : «En un mot, un décret a été rendu; nous n'osons, par conséquent, présenter à ce sujet des pétitions inopportunes, et vous devez prendre le parti extrême de vous en débarrasser vous-mêmes.
« Respectez ceci *. »
* Journal of the proceedings of the late Embassy to CHina; by H, 'ElliSj third commissioner of the embassy. London , < 8< 7, p. 505, 506 .