XLII. — Les deux amiraux sont à bord du Shxmy
Le signal aux bâtiments de prendre leurs positions respectives est arboré.
A huit heures et demie environ, la jonque ralliait les forts.
Le Cormorant tient la tête de la ligne d'attaque des forts du nord ; — r Avalanche conduit l'attaque du sud. — Le ciel est superbe, la rivière est calme ; la longue ligne des forts se dessine nettement le long de la plage, sentinelles silencieuses qui observent tous nos mouvements.
Avec la longue-vue, on distingue aux embrasures les gueules de bronze, ou les compte, et Ton peut suivre les mouvements des soldats sur le sommet des remparts. Ces quelques instants d'attente sont solennels; les cœurs battent d'impatience et tous les yeux attentifs sont fixés sur le bâtiment qui porte les commandants en chef.
Enfin les deux pavillons de France et d'Angleterre montent au mât d'artimon du Slaney et sont salués, par les cris des équipages des deux nations.
C'est le signal.
Le Cormorant et F Avalanche, qui forment toutes deux
têtes de colonnes, s'élancent en avant, — la Mitraille et la Fusée suivent le Cormorant; -f- ^^t Dragonne et le Nemrod suivent V Avalanche.
Après ces deux canonnières vient le Slaney, qu'accompagnent, dans Tordre indiqué, les canonnières britanniques de deuxième ordre portant les corps de débarquement, et traînant à la remorque les embarcations des deux escadres.
Tous les bâtiments chargés des deux attaques doivent, pour atteindre Fendroit où ite prendront position, défiler devant la ligne de défense des ouvrages du sud, à une distance de cinq encablures (1000 mètres), qui diminue progressivement et se réduit à une seule encablure (200 mètres), au point d'attaque choisi par les amiraux.
Tous ont reçu Tordre formel de ne pas commencer le feu et de ne pas répondre à celui des Chinois, avant d'avoir vu, à bord du 5/anoy, apparaître un pavillon jaune. — Tant que ce pavillon restera hissé, le feu continuera.
XLIII. — A peine le Cormorant s'est-il mis en marche que tous les canons des forts et des batteries ennemis qui défendent la rive gauche, lancent à la fois leur première volée. C'est une effroyable détonation qui frappe soudainement les écbos des denx rives et se perd len-^ tement dans les horizons lointains. — Aux boulets des pièces de gros calibre, se joint une pluie de balles, lancées par les longs mousquets et par les fusils de remparts. On les entend siffler dans les cordages ; les gréements et les mâtures sont déjà bâchés par la mitraille.