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Mais pas un coup de canon parti des bâtiments alliés ne répond encore au feu des forts, car le pavillon jaune n'apparaît point, afin de permettre aux canonnières, que la fumée de leur propre feu eussent aveuglées, de se diriger d'une manière certaine dans cette rivière étroite et difficile.
Les équipages ont reçu Tordre do se coucher sur les ponts en défilant devant la ligne des ouvrages ennemis ; et au milieu de cet orage de fer, Ton voit seuls debout, les officiers à leur poste de batterie, et sur la dunette, le commandant et Tofficier de manœuvre surveillant les mouvements du bâtipient, pour éviter les échouages ou les accostages.
XLIV. — Aussitôt que les canonnières atteignent leur poste de combat, lé signal d'ouvrir le feu leur est donné.
Les équipages se rélèvent aussitôt aux cris de : Vive l'Empereur ! et à ce cri mille fois répété répond une décharge générale de toute rarlillerie navale. Les meilleurs tireurs, placés dans les hunes, sont armés de carabines et atteignent avec une grande précision les canonniers ennemis. — Bientôt un immense nuage de fumée enveloppe la rivière et les forts. A travers cette fumée compacte, on voit étinceler çà et là des flammes sur les eaux tranquilles du Peï-ho; — ce sont des bateaux enflammés que les Chinois ont lancés comme brûlots au courant du fleuve; des embarcations sont aussitôt envoyées pour les détourner et les échouer sur la rive, où ils se consument iuoffensife.
Pendant ce temps, les boulets, les obus, la mitraille sifflent dans Tespace et s*abattent sur les ouvrages qui commencent déjà à s'ébrécher, sous les terribles projectiles de nos canons rayés. — LeSlaney, qui porte les pavillons amiraux, n*a qu'une seule pièce de gros calibre, mais ses coups sont sûrs et frappent au but.
Depuis près d'une heure, le feu général a commencé.
Les armements des forts ont subi de grands désastres; bon nombre de pièces égueulées ou renversées de leurs affûts brisés, sont hors d'état de servir; mais les Chinois n'abandonnent pas encore la place et se portent aux canons encore debout. Les artilleurs frappés par les balles de nos habiles tireurs, sont immédiatement remplacés.
La ténacité de la défense est remarquable surtout dans les forts du sud : ceux du nord offrent moins de résistance. A onze heures, leur feu était complètement éteint. Il faut en attribuer la cause aux ravages que l'artillerie des bâtiments fit tout à coup dans ces ouvrages, où la garnison , mal abritée, avait horriblement souffert. — Une grande partie des bâtiments était effrondrée par les obus qui avaient éclaté à Tintérieur. Lorsque nos soldats les occupèrent, on compta dans une seule batterie vingt-neuf canonniers étendus morts derrière leurs pièces. Le commandant du fort avait la tête emportée par un boulet.
XLV. — Les embarcations chargées des troupes qui doivent agir de ce côté ont aussitôt abordé la rive : les
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marins el soldats munis des échelles d'escalade s'élancent sur le banc de vase dont la plage est bordée et disparaissent au milieu des roseaux qui, sur toute l'étendue de la rive, croissent en grand nombre. A la tête des assaillants sont le commandant Lévêque, du PhUgéthoThy et le capitaine anglais Nicholson ; avec eux marche l'aide de camp du commandant en chef, le lieutenant de vaisseau Ribourt. — A l'approche des compagnies de débarquement, l'ennemi abandonne lés forts et se jette dans ]a campagne, où le poursuit encore les obus des canonnières.
Cependant les forts de la rive droite et la courtine qui relie entre eux les différents ouvrages, sont ravagés par nos projectiles ; à peine si quelques pièces essayent encore de faire feu. Le chef d'élat-major de l'amiral, le brave commandant Reynaud, et le capitaine Hall, du Calcutta^ ont sauté à terre avec les détachements qu'ils commandent. Les hommes enfoncent dans la vase jusqu'aux genoux et luttent avec effort contre ces terrains fangeux; rien ne les arrête, ils se relèvent, et franchissent ainsi toute la partie marécageuse; puis se forment en pelotons. Les premiers ont atteint déjà les ouvrages; ils se glissent entre les talus et abordent rapidement le pied des remparts; d'autres s'élancent par les embrasures démantelées, ou gravissent sur différents points, avec l'aide des échelles. — Les amiraux Rigault de Genouilly et Seymour, après avoir envoyé leurs dernières instructions aux capitaines Nicholson et Lévêque, traversent les vases et suivent cette colonne.
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XLVL — Un gros corps de cavalerie tartare et 400 hommes d'infanterie environ sont sortis du village de Ta-koo, distant environ des forts de 12 à 1500 mètres; ils se forment en bataille et semblent vouloir charger nos tirailleurs. Mais les balles des carabines sont aussitôt dirigées contre eux; les chevaux frappés à mort se renversent sur leurs cavaliers, jetant la confusion dans les rangs, et cette troupe, s'éloigne pour ne plus reparaître.
De leur côté, lès défenseurs des forts n'ont pas essayé une résistance inutile; s'ils ont soutenu avec une véritaWe énergie le feu terrible de nos canons et les balles meurtrières de nos tirailleurs, ils n'osent pas attendre, de pied ferme, l'attaque corps à corps des colonnes d'assaut — Épouvantés par leur apparition à laquelle ils ne s'attendaient pas, les Chinois qui étaient dans l'intérieur des ouvrages, ainsi qu'une réserve massée en arrière, gagnent la plaine par toutes les issues. -* Au milieu des tentes incendiées par nos obus, quelques groupes de soldats tartares tentent cependant de combattre ; mais cette lutte terrible à l'arme blanche, dont ils n'ont au^ €une idée, jette promptement l'épouvante au milieu d'eux, ils se dispersent en poussant des cris, et nos hom^ mes les poursuivent quelque temps à travers les champs, franchissant les fossés à leur suite^
A cha<pe pas ce sont des tentes bouleversées et à demi consumées, de la poudre noyée dans la nappe fangeuse qui avoisine les berger du fleuve, des débris d'arcs, des flèches à fusées éparpillées ça et là ou réunies en moa-