LIVRE m, CHAPITRE III
ceaux, des obus, des fusils à mèche, des bannières traînant à terre, puis des boulets, des gingails symétriquement rangés et des paquets de mitraille.
n est midi. —Toute la ligne des forts est en notre possession, et les drapeaux de France et d'Angleterre ont remplacé les étendards impériaux.
XL VU. — Deux heures avaient suffi pour réduire ces importants ouvrages qui possédaient un armement de 284 bouches à feu, dont 180 de gros calibre. — Le gouverneur comptait avec une foi aveugle, pour barrer le passage de la rivière, sur la puissance de ces défenses accumulées, et sur le front imposant des batteries qui devaient inévitablement couler les canonnières alliées à l'embouchure du Pei-ho.
Les camps installés derrière les forts prouvaient, en outre, que la garnison avait été renforcée d'un corps de réserve considérable.
Le commandant des forts, eh face de cette victoire si soudaine et si inattendue, était tombé du plus grand aveuglement dans Taccablement le plus profond. II avait vu ses canons réduits au silence et gisant au milieu des débris incendiés, semblables à des êtres vivants que la mort eût' frappés; il avait vu ses soldats en fuite, et sachant trop bien le sort que lui réservait une semblable défaite, il s'était donné lui-même la mort.
Ce brillant et rapide succès avait coûté à la marine française quatre jeunes officiers, tous les quatre emportés par des Boulets : M. Bidaux, enseigne de vaisseau
de la Mitraille; — M. Froussard, commis d'administration da même bâtiment; — M. Baratier, aspirant de 1« classe, faisant fonction d'officier sur la Dragonne ; — M. Porquet, enseigne de vaisseau, second de la Fusée,
M. Regnaulty enseigne de vaisseau, était très-gravement atteint d'une balle au cou.
XLVIII. — Les compagnies chargées de la garde des forts sont déjà formées et occupent leurs postes. — Ces ouvrages, très-solidement bâtis, étaient, du côté qui regarde la mer, recouverts de terre. Puissamment armés, ils étaient; en outre, protégés par un camp retranché, et avaient comme auxiliaires les obstacles naturels qu'offrait la rivière, qui se Traye dans les vases un chenal étroit.
Tout à coup une sourde détonation se fait entendre, et une noire colonne de fumée s'élève en tourbillonnant dans les airs. — Une poudrière à laquelle des débris d'affûts enflammés par nos obus avaient mis le feu , venait d'éclater dans le fort du nord. A peine le bruit sinistre de cette fatale explosion a-t-il cessé, que des gémissements se font entendre au milieu des décombres qui gisent sur le sol : ce sont les derniers cris d'agonie des malheureux ensevelis sous les ruines fumantes.
Un corps français occupait ce fort et travaillait à éteindre l'incendie, lorsque ce terrible événement vint jeter le deuil dans notre triomphe.
Il n'est pas de spectacle plus affreux que celui d'une semblable catastrophe. Les hommes éperdus, à demi