LIVRE m, CHAPITRE
brûlés, affolés par la douleur, aveuglés par le sang et la fumée se soutenaient à peine sur leurs membres chancelants, et les bras ouverts, éperdus, insensés, ils cherchaient à fuir ce sol brûlant qui se dérobait sous leurs pas. Quelques-uns s'élançaient du haut des remparts §ur le glacis, et roulaient dans le fossé circulaire, ou se débattaient dans l'eau fangeuse avec des cris étouffés ; plusieurs étaient affreusement mutilés.
L'amiral Rigault de Genouilly accourut et organisa les premiers secours; c'était parmi tous ceux qui se trouvaient présents une noble émulation de dévouement, de courage, d'abnégation personnelle, et chacun rivalisait d'ardeur pour se précipiter au milieu des ruines et en arracher des victimes. — Plus de quarante personnes avaient été atteintes par l'explosion; parmi les blessés, se trouvait le lieutenant de vaisseau Vériot, qui commandait la compagnie de débarquement de la Némésis.
XLIX. — Pendant que ces tristes faits se passaient à terre, et que l'on démantelait les forts de la rive droite et ceux de la rive gauche pour se concentrer dans le fort V du nord de la rive sud, deux canonnières françaises, r Avalanche et la Fusée^ et deux canonnières anglaises avaient reçu l'ordre d'aller réduire au silence une batterie qui, élevée au coude de la rivière, la prenait d'enfilade. — Cette batterie, armée de neuf canons de fort calibre et de six obusiers de 18 centimèlres, inquiétait les bâtiments mouillés devant les forts.
Un détachement du corps de débarquement anglais
qui avait agi sur la rive gauche, se dirigeait en même temps {Mir terre, sous les ordres du capitaine Nicholson, avec mission de prendre la batterie à revers. — Une fois les berges du Peli-ho dépassées, le terrain vaseux disparaissait et le sol devenait favorable à la marche des troupes.
Ce mouvement simultané des troupes et des canonnières, fut exéculé avec ensemble et jeta Yeiïroi parmi les défenseurs de cette batterie, qu'avait déjà démoralisés la vue des drapeaux étrangers flottant sur les forts conquis. — A peîne les canonnières eurent-elles lancé quelques boulets, que les Chinois, craignant de voir leur retraite coupée par le détachement qui menaçait de les tourner, abandonnèrent aussitôt celte dernière batterie et gagnèrent en désordre l'intérieur des terres. — L'ouvrage fut aussitôt occupé par la colonne anglaise ; les canons furent encloués et culbutés.
Les bâtiments continuèrent ensuite leur mouvement en avant en longeant le village de Ta-koo, qui s^étend sur la rive et se développe dans la campagne. Ge village est une réunion assez considérable de maisons basses^ d'an seul étage presque toutes, construites en terre et séparées par d'étroites ruelles. Une seule pagode s'élève au milieu ; c'est la maison sacrée. — A chaque instant^ on apercevait sur les berges des pièces d'artillerie destinées à balayer le cours de la rivière ; mais un effroi si subit s'était ré{)andu dans l'armée et dans la population chinoise, que tous ces canons qui eussent pu faire grand mal aux forces alliées, avaient été tous abandonnés.