‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 12 sur 187 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

rompre le prétendu charme. Le mandarin ayant appris le lendemain que M. Chapdelaine pouvait encore marcher, il ordonna de le faire frapper jusqu'à extinction de forces. Quand il fut bien constaté qu'il ne pouvait plus se remuer, on lui mit une espèce de cangue à ressort qui le tenait comme sous un pressoir ; puis ou le suspendit dans cet état. Enfin, quand on le vit sur le point d'expirer, on le décapita. Sa tète fut suspendue à un arbre ; mais bientôt les enfants la détachèrent à coups de pierres, et elle fut dévorée par les chiens et par les pourceaux. Pour le corps, les uns disent qu'il a été enterré, d'autres qu'il a été jeté à la voirie ; mais, auparavant, il fut ouvert par les bourreaux pour en arracher le cœur : ils le coupèrent par morceaux, le firent cuire dans la graisse, puis s'en régalèrent. Deux des néophytes ont été décapités avec lui , pour avoir refusé de renoncer à leur religion; quatorze ou quinze autres étaient encore dans les prisons de cette ville, à cause de leur religion.

Voilà , mon cher monsieur , comment s'observent les traités en Chine, et comment se conduisent les chefs d'une nation que l'on entend quelquefois vanter, comme l'une des plus policées du monde (1).

Je suis, etc.

Signé : N.-F. Libois.

(1) Cette lettre dont l'authenticité ne peut être mise en doute a été insérée dans le Recueil officiel de documents anglais (bluebook) qui a été mis à la disposition du Parlement, lors de la discussion de l'expédition de la Chine. Yoir Archives diplomatiques y année 1861, tome II, page 301.

il6 GAMPAGNK DE CHINC.

XK. — Cet acte de cruauté inouHe, en outre qu'il son-^ lève le coîur d'indignation, était une violation flagrante du traité signé à Wampoa, le 24 septembre 1844 ; car ce traité disait à Tarticle 23 :

< Si, contrairement aux présentes dispositions, des Français, -quels qu'ils «oient, s'aventuraient hors des limites ou pénétraient an loin dans rintèrîeur, ils pourront être arrêtés par fautorité chinoise, laquelle, dans ce eas, sera tewue de les foire conduire au consulat français le plus Toisin ; mais il est formellement interdit , à tout individu quelconque, de frapper, de blesser ou de maltraiter en aucune manière les Français ainsi arrêtés, de peur de troubler la bonne harmonie qui doit régner entre les deux Empires. »

Quelle que fût Tihculpation sous laquelle était arrêté le missionnaire Cbapdelaine, la sauvage barbarie du gouvernement chinois n'avait aucune excase. Non-seulement le fonctionnaire, qui s'était rendu coupable de cette sanglante violation aux stipulations catégoriques d'un traité international, ne fut pas mis en jugement ou destitué, mais les réclamations de la France restèrent sans effet.

Cette puissance dut donc , ainsi que l'Angleterre, songer sérieusement à réclamer du cabinet de Pé-kingle règlement détinitif de difficultés qui, à tout instant, par le mauvais vouloir des Chinois., surgissaient plus nom* breuses et plus inacceptables.

Éclairées par l'expérience ^ les deux nations étaient décidées à agir énergiquenient pour obtenir satisfaction,

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