LIVRE III, CHAPITRE III
traînent à la remorque les chaloupes et les canots de secours.
LU. — Ce voyage d'exploration dans des parages où n'avait jamais pénétré aucun bâtiment étranger, présentait un intérêt puissant. On marchait dans l'inconnu pour atteindre un but inconnu lui-môme ; car l'on ignorait complètement s'il serait possible de remonter le fleuve jusqu'à Tien-tsin, et des obstacles infranchissables pouvaient tout à coup arrêter la flottille et la contraindre, soît à rester immobile, soit à rebrousser chemin.
Aussi dans cette course audacieuse, rien n'était indifférent à l'œil explorateur des marins, habitués à la rude responsabilité de ces courses aventureuses ; le moindre indice avait sa valeur.
La rivière, fort étroite, présentait d'innombrables sinuosités, et il fallait une grande précision de manœuvre pour tourner les pointes aiguës, qui fort heureusement donnaient une assez bonne profondeur d'eau.
Les berges étaient presque partout couvertes de longs roseaux. Aussi loin que le regard pouvait s'étendre, on n'apercevait que des salines. — Peu à peu, des terrains cultivés jusqu'aux rives mômes du fleuve, donnèrent à ce pays l'animation vitale qui lui manquait. — C'étaient de petits champs en pleine culture , entourés d'arbres ; ils avoisinaient des villages, construits en terre, avec une certaine élégance.
A mesure que la tlottille d'exploration approchait, les habitants accouraient, et après de grandes saluta-
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tîoDS^ auxquelles se joignaient des signes de respect, ils s'asseyaient sur les berges et regardaient avec élamie>* ment passer les canonnières avec leurs colonnes de filmée qm , bientôt poussées par \e veni, s*élevdient dans le ôel en formant les dessins les plus bizarres.
Toutes les jonques que Ton rencontrait, et elles étaient nombreuses, recevaient Tordre de descendre la riviérs et d'en sortir ; car, à on moment donné, ces jonqnesi, eioi:âées bas, eussent entiërement barré le passage. -^ Dans plusieurs endroits étaient entassés des moneeaox de joncs et de paille de millet, qui eussent pu être transformés en radeaux enflammés. — La position périlleuse dans laquelle on se trouvait commandait la plws grande prudence ; il fallait tout craindfre, tout prévoir, se méfier enfin de tout; aussi mettait-on le tetr à ces meules, chaque foïs que l'on en rencontrait.
Vers trois heures, après une navigation dont les dfîffieultës se renouvetaient à chaque pas, on arriva devant un village assez considérable. — Après l'avoir dépassé, la floltflle jeta l'ancre pour la mùi. LsCoramanM poussa en avant et alla mouiller â un ou deux mîBes au-dessus.
EHT. — ta miit ftit calme ; les premières heures avaient été éclairées par les incendies des meules de jonc et de paille qeii répandaient au loin, autour d'eux, d'immenses Inetirs rougeâtres. Ces lueurs grandissaient ou s'affaîs^ saient lout à coup en courant comme des feux aériens, et donnaient un aspect fiintasfique à cette partie de la rivière.