‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 111 sur 187 · LIVRE m, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE III

Le lendemain, les canonnières de découverte prennent les devants; elles reviennent quelques heures après : le passage est libre.

L'escadrille se remet alors en route, marchant de jusant, de manière à se réserver le secours du flot, en cas d*échouage; car, malgré toutes les précautions prises et une surveillance excessive de manœuvre, on ne pouvait que rarement les éviter.

« Je ne relaterai pas jour par jour écrit au ministre l'amiral Rigault de Genouilly (I) toutes les difficultés de cette navigation si ardue, et dont les complications augmentaient à mesure que nous avancions; il suffira à Votre Excellence de savoir que bous avons mis quatre jours à parcourir les cinquante-quatre milles qui séparent Tien-tsin de Tembouchure du Peï-ho. »

LIV. — Ce fut en effet le 26, à huit heures du soir, que les bâtiments arrivèrent devant Tîen-tsin. — Mais fallait-il se souvenir des difficultés vaincues en face d*un tel résultat? Nos navires étaient à l'ancre devant cette ville interdite aux Européens et qui se croyait si redoutablement protégée, non-seulement par les nombreuses défenses qui barraient l'entrée du Peï-ho, mais par les obstacles naturels de ce fleuve, réputé innavigable pour des bâtiments de guerre. — C'était un fait considérable qui terrifiait soudainement les Chinois, endormis depuis tant d'années dans une confiance

(1) Dépêche en date du 3 juin 1858.

aveugle, et devait amener une révolution complète dans les relations des puissances occidentales avec le Céleste- Empire. — Car, c'est à Tien-tsin que dans l'avenir, soit pacifiquement, soit par la force des armes, viendront se vider toutes les difficultés avec le Céleste- Empire; en trois marches une armée peut venir frapper aux portes mômes de Pé-king. — Le mystère qui protégeait les abords de cette grande cité était ainsi mis à jour.

La route que venait de parcourir la petite flottille s'était opérée sans coup férir. Quelques, obus lancés par les canonnières dans la campagne sur des rassemblements de troupes , et notamment sur des escadrons de cavalerie tartare, qui semblaient vouloir se rapprocher des berges, avaient suffi pour les arrêter et les disperser.

Le feu avait, en outre, été mis à une certaine quantité de jonques, dont les patrons s'étaient refusés à débarrasser les rives et à sortir du fleuve.

Ce furent les seuls actes d'hostilité auxquels les commandants eu chef durent avoir recours pour assurer leur marche et garantir la sécurité des bâtiments engagés dans cette dangereuse passe (l).

(1) Dépêche de Vamiral au ministre de la marine.

Devant Tien-tsin, 3 juin 1858.

a La plus grande partie des canonnières est mouillée bord à quai, au point d'intersection de la rivière du Peï-ho et du grand canal impérial. Deux canonnières d'avant-garde sont amarrées à l'embouchure d'un autre affluent du Peï-ho à un mille de nous.— Au delà du mouillage de ces canonnières , l'eau manque complètement. »

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