CHAPITRE PREMIER
J. — La volonté expresse du gouvernement de l'Empereur Napoléon III d'obtenir satisfaction du meurtre commis sur la personne du missionnaire français Cbapdelaine, et de mettre enfin un terme aux barbares persécutions exercées sans relâche contre les apôtres de la foi avait guidé les armes de la France en Chine.
Le traité de 1844, insuffisant à cet égard (1), ne don-* nait point les garanties nécessaires contre le retour de ces persécutions odieuses, mal dissimulées sous le vain prétexte d'injustes accusations.
L'union de la France avec l'Angleterre , qui , elle , avait en jeu les plus graves intérêts commerciaux, et l'arrivée des plénipotentiaires de Russie et d'Amérique avaient amené, nous l'avons vu, après bien des tergiversations, la révision complète des traités; et si le christia-» nisme y trouvait une juste protection contre ses persécuteurs, ]es relations des puissances occidentales avec
(1) Voir ce même volume, .page 18.
le Céleste-Empire prenaient, de leur côté, un nouvel essor.
Hais dans cet extrême Orient, la Chine n'était pas le seul empire où la religion du Christ eût ses bourreaux et ses martyrs. Le royaume anamite était le théâtre d'odieuses barbaries et d'infatigables cruautés. L*Ëmpereur Napoléon III voulut que, là aussi , le drapeau de la France servit d'égide au christianisme contre les fureurs de l'idolâtrie. — A cette grande question religieuse et civilisatrice se joignaient, en outre, d'anciens engagements entre la Cochinchine et la France, à la suite du traité d'alliance signé à Versailles, le 28 noverùbre 1787, par les ministres de Louis XVI et par le prince Cauk, au nom de son père l'empereur Gya-long, dépouillé de son royaume et expulsé de ses États par les rebelles.
II. — L'abbé Hue, ancien missionnaire apostolique en Chine, avait soumis à l'Empereur un travail sur les droits acquis à la France d'occuper, par suite de ce traité , certains points de la Cochinchine; c'était, si ces droits existaient réellement, un point de départ pour arriver à protéger efficacement les chrétiens que les autorités anamites poursuivaient et mettaient à mort dans toute l'étendue du royaume. Les missionnaires assuraient que le commerce pouvait aussi rencontrer de sérieux avantages dans ce pays fertile, qui otfrait des ports nombreux et sûrs et des produits considérables en matières premières, assurées de trouver par toute l'Europe d'importants et fructueux débouchés.