‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 125 sur 187 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

général, se fondant sur l'urgence des circonstances, et sur l'éloîgnement de Manille, demandait officiellement que l'un de nos bâtiments de guerre se portât sur la côte de Tonquin pour obtenir, si c'était possible , la délivrance du malheureux prélat condamné à mort depuis plusieurs mois, mais qui, à la date du 15 juillet dernier, exisUiit encore dans l'infâme prison où il avait été jeté, au milieu de tous les scélérats du pays (1).

VI. — La venue prochaine du baron Gros imposait une grande réserve dans la dispersion des bâtiments qui pouvaient être appelés à entrer immédiatement en action, pour soutenir efficacement les négociations du ministre de la France, Cependant, comme il s'agissait de délivrer un évêque catholique, l'amiral n'hésita pas à donner sur-le-champ smCatinat l'ordre de se tenir prêt à partir pour le golfe du Tonquin. Le comte de Kleczkowski, secrétaire de la légation de France, sinologue distingué, s'embarqua sur cette corvette; il était chargé de faire tous ses efforts pour sauver Mgr Diaz.

Le Catinat partait de Macao le 4 septembre 1857 au malin, avec ordre de recueillir tous les missionnaires ou chrétiens indigènes qui viendraient demander refuge sous son pavillon.

Malheureusement /e Catinat arriva trop tard : Mgr Diaz avait été mis à mort le 20 juillet, et, l'année suivante,

(1) Dépêche du contre-amiral Rîgault de Genouilly au ministre de la marine, 8 septembre 1857.

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son successeur, Mgr Melchior, devait aussi subir le môme supplice : « Mgr Melchior (écrivait-on à celte époque), a été décapité, puis bâché en morceaux et ses restes ont été envoyés dans diverses localités chrétiennes pour être exposés sur la place publique.

VIL — Une année s'était écoulée depuis la mission du Catinatf les affaires de Chine étaient glorieusement terminée?, Tamiral Rigault de Genouilly avait grande hâte de faire route lui-même vers la Cochinchine, avec tous ses bâtiments disponibles. Il y avait en effet urgence de frapper un premier coup énergique, avant Tépoque des pluies torrentielles qui, sur ces côtes, commencent généralement au mois d'octobre pour se prolonger souvent jusqu'au mois de février. — Septembre était donc, selon toute probabilité, la limite des temps favorables à une première opération.

Il était , en outre , de toute nécessité que le corps expéditionnaire, avant Pépoque présumée de ces pluies, fût établi solidement sur la presqu'île de Tien-Tchu, qui borde un des côtés de la baie de Tourane , qu'il y fût logé dans des barraquements et en état de garder, contre toute attaque, ce point important, appelé à devenir la base des opérations futures.

L'amiral ne se dissimulait pas que tout serait à créer sur cette côte où les ressources étaient nulles : magasins de vivres, hôpital, dépôt de charbon, etc.; et déjà, après un examen topographique sérieux, il avait arrêté dans sa pensée ses projets d'occupation, afin

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d'en préparer à Tavance les moyens matériels d'e:&écution.

La haie de Tourane, en effet, qui devait être le théâtre de la première action militaire de la division navale , était défendue par des ouvrages considérables d'ancienne et de nouvelle date; et tous les renseignements s'accordaient à dire qu'il fallait s'attendre à une forte résistance de la part des troupes cochinchinoises.

Le capitaine du génie Labbe se rendit directement à Manille, avec la Durance et la DordognCy pour hâter le départ du contingent espagnol, que ces deux bâtiments avaient mission d'embarquer.

VIIL — Tous les bâtiments qui composaient la division navale, à l'exception du Catinat, de la Capricieuse, du Marceau et duL%, restés devant Canton, du Laplace et du Prègmty détachés au Japon, ont reçu l'ordre d'appareiller et sont partis successivement pour Yuly-kan (île d'Haynan (1).

C'Qst à ce mouillage, éloigné de soixante lieues environ de Tourane, que l'amiral doit les rallier, et il quitte bientôt lui-même Sanghai avec laNémésis. Aussitôt après son arrivée à Yuli-kan, il fait installer dans un camp

{l) Le Prtmauguet, le PhlégéUm, VAvcUanche^ la Dragonne, la Mitraille, la Fusée, la Meurthe, fAlarmey la Gironde,

La Saône, apportant de France 477 hommes d'infanterie de marine^ commandés par Le Lieutenant-colonel Reybaud; une demi-compagnie d'artillerie de marine ayec une demi-batterie d'obusiers de monta-r gpae , ayait l'ordre de se rendre de Singapour à cette destination, que devaient aussi rejoindre la Durance et la Dordogne, reyenant de Kamlle.

les Iroupes de débarquement et profite , pour les exercer aux différentes manœuvres de débarquement et de combat , du temps qu'il doit encore stationner à ce mouillage pour attendre les troupes espagnoles et les derniers bâtiments de sa division.

Vers la fin d'août, laDordogne revenait de Manille, apportant un conling^ent de quatre cent cinquante hommes de troupes indigènes des Philippines, commandés par le colonel espagnol Oscaritz ; peu après, parut l'aviso espagnol el Cano; cet aviso, sous les ordes du commandant Gonzalès, était armé de deux pièces de 16.

La division se trouvant réunie au complet , l'amiral commandant en chef leva l'ancre le 30 août au matin. Le 31 au soir, toute l'escadre était mouillée à l'entrée de la baie de Tourane et mettait à la mer ses embarcations.

IX. — Celte baie est située à dix lieues environ au sud de la rivière de Hué, sur les bords de laquelle, dans l'intérieur des terres, s'élève la capitale du royaume anamite.

Plusieurs considérations importantes ont contribué à faire de la baie de Tourane un point très-fréquenté par les Européens ; d'abord son vaste bassin , qui présente pendant toutes les saisons un excellent abri aux navires contre les dangereuses tourmentes qui bouleversent si fréquemment ces parages, ensuite sa proximité de la ville de Hué, siège du gouvernement.

Lorsque, vers la fin du siècle dernier, le roi Gya-long parvint à reconquérir son royaume, avec l'aide d'officiers européens amenés par Tévêque d'Adran, ce souverain

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