LIVRE IV, CHAPITRE I
tance de deux mille deux cents mètres environ, les deux premiers bâtiments devant le fort de TEst, les deux autres devant celui de l'Ouest.
Au grand étonnement de la division navale, tous ces mouvements s'opèrent, sans qu'un seul coup de canon, parti des forts ou des batteries, vienne eu gêner l'exéeulion. Si tous les ouvrages défensifs avaient à la fois tonné contre les navires, ceux-ci eussent essuyé des pertes sensibles, avant inéme d'avoir atteint leur poste de combat.
XIV. — Le pavillon national apparaît au grand mât de la Némésis, et le pavillon espagnol au mât de misaine. — C'est le signal de commencer le feu.
Les bâtiments arborent aussi les deux pavillons, et tous lancent à la fois leur première volée ; les forts répondent, mais faiblement. — Le feu des bâtiments est au contraire très-bien nourri et très-habilement dirigé, car la mer est calme et les navires immobiles ; des brèches se font rapidement , et il est facile de prévoir que ces positions seront enlevées sans grande lutte.
Dès que les batteries qui défendent le mouillage sont éteintes, les compagnies de débarquement de la NémésiSj du Phlégéton, du Primauguet, et la demi-compagnie du génie sont jetées à terre. Le capitaine de vaisseau Rcynaud, qui les commande, s'avance rapidement à leur tête vers les forts du Nord et vers la batterie rasante; il les escalade aux cris de : vive r Empereur ! sans rencontrer de résistance ; leurs défenseurs les ont aban-
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donnés ; les drapeaux alliés flottent sur le sommet des remparts.
Les troupes françaises et espagnoles sont toutes à terre ; l'amiral les forme en bataille et s'apprête à les lancer en avant.
XV. — Pendant que ces faits se passaient au mouillage des grands bâtiments, l'aviso espagnol el Cano et trois canonnières françaises, la Mitrailky la Fusée, FA'larme, canonnaient vigoureusement les forts de l'Est et de l'Ouest à l'entrée de la rivière. Une effroyable détonation se fait entendre, c'est le fort de l'Est qui saute ; la courtine conliguë au magasin à poudre €sl enlevée tout entière et projetée dans le fossé. De tous les côtés la résistance cesse, les forts el les batteries, à l'exception du fort de l'Ouest, sont abandonnés. — La garnison, qui en a si mal défendu les abords, a disparu; et toutes ces défenses, si redoutablement armées, sont désertes. On se demande à quelle impression de terreur panique ont obéi les Cochincliinois pour se retirer ainsi devant le feu de nos amons, sans avoir même essayé de résister aux colonnes d'attaque.
Quelques morts, étendus çà et là, indiquent seuls la trace d'un combat, et l'on aperçoit au loin dans la campagne des groupes nombreux de fuyards qui gravissent les premières hauteurs, pour chercher im refuge dans l'intérieur du pays.
L'amiral est aUé reconnaître im eruplacement conve* sable à l'établissement d'un camp sur la partie plate de la
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presqu'île, à proximité du fort de l'Est.— Dans la soirée du même jour, les troupes françaises viennent s'établir sous le commandement du lieutenant-colonel Reybaud, avec le bataillon espagnol que commande le colonel Oscaritz.
Des compagnies de débarquement, détachées du bataillon de marins , sont placées sous le commandement supérieur de l'aide de camp de l'amiral, et occupent les principaux ouvrages, qui défendent la rade.
XVI. — Pendant tout le jour, la chaleur avait été accablante ; l'atmosphère embrasée brûlait, pour ainsi dire, l'air respirable. — Pas un souffle de vent ne venait raffraîchir les poitrines desséchées. — Les hommes épuisés s'afrêtaient parfois subitement en chemin comme frappés de vertige. Aussi l'amiral Rigault de Genouilly a donné ordre de ne faire commencer le mouvement des troupes qu'à la tombée du soleil.
Malgré cette précaution si sage, et quoique les marches n'excédassent jamais deux heures, plusieurs soldats succombèrent en quelques heures. Cette chaleur mortelle, inconnue à nous autres Européens, était l'ennemi le plus redoutable à combattre. C'était un triste spectacle de voir tomber ainsi sur la terre brûlante nos soldats anéantis, laissant échapper leurs armes, qu'ils ne pouvaient plus tenir.
. Lorsque la nuit fut entièrement venue, le chef d'état* major Reynaud prit une embarcation et, assisté par le sous-iflgénieur hydrographe PIqîx , il sonda toute la.
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partie sud-ouest de la baie, pour pouvoir dès le lendemain, sans risque d'échouage, rapprocher les canonnières du fort de l'Ouest qui tenait encore.
Au i>oint du jour les cinq canonnières et Vel Cano sont sous vapeur ; le commandant Reynaud dirige leur marche, et quelques instants après ces six bâtiments occupent leurs nouveaux postes. — Ils ouvrent immédiatement le feu. — Leurs coups précis et réguliers battent incessamment le fort. Une demi-heure s'est à peine écoulée, qu'une explosion se fait entendre ; c'est le fort de l'Ouest qui saute.
Aussitôt après , le commandant Jauréguiberry à la tête d'une flottille d'embarcations armées en guerre entre dans la rivière et se place en station près du fort de TEst. -— La Dragonne et Vel Cano viennent mouiller en dehors delà baie, près du camp, entre la presqu'île et nie de Tscham-Gallao, couvrant ainsi la gauche du corps expéditionnaire, dont la droite s'appuie au fort de l'Est, où sont établies deux de nos compagnies d'infanterieavec une demi-compagnie espagnole.
XVII. — Portement assis dans cette position, l'amiral attend l'armée anamite qui, d'après les rapporis recueillis par nos missionnaires, doit marcher sur nous nu nombre de dix mille hommes.
Mais cette armée ne paraît point, et comme aucun indice n'annonce son approche, l'amiral donne ordre au commandant Jauréguiberry de pousser des reconnaissances en rivière. Cet officier supérieur détruit