‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 129 sur 187 · LIVRE IV, CHAPITRE I. 28S · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I. 28S

plusieurs batteries , et a plusieurs engagements avec les avant-postes cochinchinois. — Sur tous les points où il rencontre Tennemi, il le met en déroute. Selon toute apparence, l'armée anamite doit être réunie sur le bord du fleuve qui appartient au continent ; ces bords, coupés de rizières, de canaux et de marais, sont sur toiis les points impraticables à la marche des Iroupes.

C'est donc seulement par eau que des expéditions pourraient être tentées. — Dans cette prévision, l'amiral fait construire quatre chalans. — Le génie élève une ligne solide de défense, pour permettre à une faible garnison de conserver les positions conquises. — Le capitaine d'artillerie Lacour construit une batterie qui sera armée de pièces de 30. Mais ces travaux avancent péniblement, car le terrain couvert de broussailles épaisses est en outre eucombré de roches qu'il faut détruire par la mine et présente des difficultés sans nombre, auxquelles viennent se joindre les chaleurs étouffantes d'un soleil tropical. — A ces chaleurs doivent succéder au mois d'octobre des pluies diluviennes ; ce sont des torrents qui, pendant des jours entiers roulent sans interruption avec une intensité croissante, dont les personnes qui ont habité ces contrées peuvent seules se faire une idée exacte.

ifvIU. — « Le fort de l'Ouest (écrit l'amiral), étant en dehors de nos lignes de défense, a été miné par le génie et complètement détruit. Ce fort et tous les autres

BM GAJiPAeilE DE COCBINCBINE. ;

ouvrages étaient en parfait état de réparations, et tous

étaient armés de pièces de gros calibre en fer et en bronze. — Les pièces de bronze étaient les plus nombreuses et en général fort belles. Tous les canons sont pourvus de hausses récemment appliquées ; les attirails d'artillerie en très-bon état, sont bien supérieurs à tout ce que nous avons vu en Chine.

Indépendamment de son armement, le fort de l'Ouest contenait un parc d'artillerie de campagne, de pièces en bronze de 6 et de 9, dont les affûts, montés sur des roues très-élevées, sont parfaitement appropriés aux mauvaises routes. Les armes de main n'offrent rien de particulier ; ce sont des fusils de munition fabriqués en France ou en Belgique. La poudre, dont nous avons pris des quantités considérables, est d'origine anglais^ et a été probablement achetée à Singapour et à Hongkong. L'ensemble des dispositions prises montre que le gouvernement s'attendait à une attaque prochaine. »

XIX. — Cet extrait de la dépêche de l'amiral Rigault de Genouilly prouve que les Cochinchinois étaient loin d'être aussi arriérés que les Chinois dans l'art de la guerre. — Profitant des leçons qui leur avaient été données en 1787, lors du traité d'alliance signé entre la France et l'Empereur Gya-Long, ils avaient élevé et armé leurs ouvrages défensifs d'après le système européen. Ils avaient aussi emprunté aux peuples occié^entaux leurs progrès dans la fabrication des armes de guerre, et il était évident que le jour où les Anamites

LITRE IV, CMAPirftE 1. 287

eoiiibattraienl contre nous, leurs troupes plus disciplinées et mieux armées nous offriraient peut-être une sérieuse résistance. Cette résistance serait éphémère sans doute, et il ne faut point la comparer à celles des armées européennes en présence, mais cependant elle ne devait pas être méprisée , car nous n'avions qu'un bien petit nombre de combattants à notre disposition , et nul renfort ne devait être de longtemps espéré pour combler les vides des effectifs déjà si restreints.

L'attente d'un combat sérieux électrisait tous les cœurs impatients des mâles émotions de la guerre ; et ce petit corps expéditionnaire, non pas abandonné, car la France, si loin que soit son drapeau, a toujours ses regards fixés sur lui , mais, isolé dans ces parages lointains, brûlait du noble espoir d'inscrire quelque fait glorieux sur nos annales, et de venger les victimes résignées du christianisme.

XX- — L'amiral eût bien désiré tenter quelqu'action énergique contre Hué, la capitale du royaume , mais vainement il avait cherché à se renseigner près des prisonniers anamites, et à entrer en communication avec les missionnaires de Tintérieur, aucun renseignement ayant valeur n'était venu l'éclairer sur les abords de la capitale. — Il ne fallait point songer à attaquer Hué par terre en partant de Tourane ; les moyens de transport pour les vivres et les munitions manquaient entièrement, et la crainte de ces terribles ouragans qu'on appelle typhons, dont l'époque fatale approchait, ne per-

UH CAMPAGNE DE GOCHINGHINE.

mettait pas d'entreprendre une expédition maritime. — En attendant un moment opportun, on améliore les hô* pllaux et les campements des troupes.

Déjà la Dragonne et Vel Cano ont parcouru tout le contour extérieur de la presqu'île et se sont assurés qu'aucun camp ennemi n'y est établi. — La barre de la rivière Tai-Tao a aussi été explorée ; elle est, même à mjirée haute, infranchissable aux bâtiments les plus légers.

Pendant ce temps, la Durance arrivait de Manille avec cinq cent cinquante Espagnols environ, commandés par le colonel Lanzarote, chef supérieur du corps expéditionnaire.

L'amiral commandant en chef, pour éviter tout conflit avec les bâtiments étrangers, a déclaré la baie et la rivière de Tourane en état de blocus.

XXI. — • Le 28 septembre, la ligne de défense est terminée, du moins dans ses parties essentielles, et la batterie principale est armée et approvisionnée.

Dès lors , on pouvait lever le camp sans aucune appréhension et faire rentrer le corps expéditionnaire derrière le nouveau retranchement. Le fort de l'Est, qui était occupé par nos troupes, est aussi évacué et les mines, préparées par le génie, achèvent de démanteler sa face orientale. ^

Le commandement des avant-postes est confié au commandant Ribourt, qui vient de recevoir le grade de capitaine de frégate, pour les services qu'il a rendus

Page 1